Interlune lève 5 millions de dollars pour extraire de l'hélium-3 sur la Lune

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 14:05

La start-up Interlune vient de boucler un deuxième financement de 5 millions de dollars via un accord SAFE (Simple Agreement for Future Equity) en 2026, après un premier tour identique en début d'année. L'entreprise de Seattle, fondée en 2020 par d'anciens dirigeants de Blue Origin et l'astronaute d'Apollo 17 Harrison Schmitt, cible un objectif inédit : l'extraction industrielle d'hélium-3 à partir du sol lunaire. Selon Interlune.space, elle a déjà sécurisé près de 500 millions de dollars de commandes d'achat fermes auprès de clients comme le Département américain de l'Énergie, l'US Air Force et le fabricant finlandais de systèmes cryogéniques Bluefors.

Pourquoi l'hélium-3 lunaire

L'hélium-3 est un isotope rarissime sur Terre, mais relativement abondant à la surface de la Lune. Il intéresse plusieurs secteurs : le refroidissement des ordinateurs quantiques, la détection de neutrons et, à plus long terme, le carburant pour des réacteurs à fusion nucléaire. Cinq cents grammes de cet isotope peuvent valoir plus de 9 millions de dollars sur le marché actuel.

Bluefors a signé avec Interlune un accord d'achat pouvant atteindre 300 millions de dollars — un signal fort de la demande croissante de l'industrie quantique européenne. Aucun acteur français — ni OVHcloud ni Mistral AI — n'apparaît pour l'instant dans la liste des clients.


Visualisation du processus d'extraction de ressources sur la Lune, avec des foreuses et une centrale solaire. Illustration : Interlune

Un calendrier ambitieux, des doutes persistants

Le premier instrument de cartographie minéralogique d'Interlune doit rejoindre la Lune fin 2026 à bord de l'atterrisseur Griffin-1 de Voyager Technologies, dans le cadre du programme CLPS de la NASA. Des missions de prospection sont prévues entre 2027 et 2028, avec un objectif de première extraction pilote — quelques dizaines de grammes — autour de 2030.

Ces délais restent fragiles. Des experts de la NASA ont publiquement remis en question la rentabilité du modèle : si les réacteurs à fusion terrestres parviennent à produire leur propre hélium-3, la chaîne d'approvisionnement lunaire devient inutile. La France investit précisément dans cette voie, notamment via le CEA à Cadarache et des partenariats avec des acteurs de la fusion comme Helion — des filières potentiellement plus rapides à commercialiser que l'extraction sur la Lune, attendue dans les années 2030, selon New Space Economy Jun 2025.

La géopolitique s'invite sur la Lune

La France a signé les Accords Artemis, qui comptent désormais environ 70 pays signataires. Mais ni la Chine ni la Russie n'en font partie — et le programme chinois Chang'e extrait déjà de l'hélium-3 ouvertement, sans cadre juridique international contraignant sur les droits d'extraction. La législation française sur l'exploitation des ressources spatiales reste, elle aussi, silencieuse sur ce point.

Pour l'instant, la chaîne d'approvisionnement en hélium-3 lunaire reste entièrement contrôlée par des acteurs américains et nordiques. Si la technologie tient ses promesses, les industriels européens — dont les français — devront choisir entre dépendre de cette filière ou miser sur la production terrestre.