IA agentique : 96 % des ressources gaspillées à relire sa propre mémoire

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 14:53

Les agents IA consomment bien plus d'électricité que les chiffres publiés par les grandes entreprises ne le laissent croire. Le climatologue Zeke Hausfather a mesuré pendant huit semaines son propre usage de Claude Code, l'assistant de développement d'Anthropic, et les résultats remettent en question les promesses de sobriété énergétique du secteur.

Ce que révèlent les chiffres

Sur huit semaines, l'agent a traité 3,2 milliards de tokens, effectué environ 14 000 appels au modèle et consommé en moyenne 170 kWh — avec une fourchette quotidienne allant de 1,2 à 5,9 kWh, selon les données publiées sur The Climate Brink. À titre de comparaison, deux réfrigérateurs standards tournant en continu consomment environ 5 kWh par jour. Un agent actif peut donc dépasser la consommation de tout l'électroménager de la cuisine.

Le résultat le plus frappant concerne la structure de cette consommation : 96 % des tokens traités sont des « lectures en cache ». L'agent relit son propre contexte accumulé à chacune des 14 000 étapes — chaque fois qu'une commande est exécutée, qu'un fichier est lu ou qu'un outil est appelé. Seuls 0,4 % des tokens produisent un résultat visible pour l'utilisateur.


Illustration de la structure de consommation d'un agent IA : 96 % des tokens servent à relire le contexte accumulé, et seulement 0,4 % produisent un résultat visible.

C'est comparable à quelqu'un qui relit un livre depuis la première page avant d'écrire chaque nouvelle phrase. Hausfather précise que les tokens en cache coûtent moins cher que les tokens « frais », mais que le volume massif de relectures représente l'essentiel des dépenses énergétiques.

Une empreinte carbone à reconsidérer

Sur un an, ce mode d'utilisation génère une empreinte carbone légèrement supérieure à celle d'un sèche-linge électrique, soit environ la moitié du bilan d'une voiture électrique parcourant 18 500 km en Californie. À l'heure où Google annonce 0,24 Wh par requête textuelle et où OpenAI avance 0,34 Wh, les mesures de Hausfather suggèrent qu'un agent en boucle consomme jusqu'à 600 fois plus par interaction que ces benchmarks — des chiffres qui ne prennent pas en compte les cycles agentiques.

Les calculs de Hausfather restent une estimation personnelle, pas un standard officiel. Boris Gamazaychikov, cofondateur du Sustainable AI Group, les a qualifiés de « bonne tentative » tout en pointant l'utilisation de données potentiellement obsolètes. Sa propre étude, annoncée pour septembre 2026, n'a pas encore été publiée.

La transparence en question

Pour l'instant, ni Anthropic ni les autres grands laboratoires ne publient de métriques d'énergie détaillées par appel ou par agent. En France, où OVHcloud et les acteurs de la French Tech Cloud revendiquent une sobriété numérique, la question de la transparence énergétique des centres de données devient un critère de crédibilité — notamment pour les entreprises publiques et les appels d'offres soumis à des critères RSE. L'ARCEP n'a pas encore précisé si sa régulation s'étendrait aux obligations de déclaration énergétique des data centers hébergeant des charges agentiques.