Samsung délègue la DDR5 à des sous-traitants pour miser sur la mémoire IA
Samsung vient de décider de ne plus fabriquer elle-même sa mémoire DDR5 — celle qui équipe les PC, ordinateurs portables et serveurs — pour concentrer toutes ses lignes de production sur la mémoire HBM (High Bandwidth Memory), indispensable aux puces d'intelligence artificielle. Un virage stratégique qui redistribue les cartes pour toute la filière mémoire mondiale.
Pourquoi la HBM attire toutes les ressources
La HBM se vend entre trois et quatre fois plus cher que la DDR5 classique, selon Global SMT. Les GPU utilisés pour entraîner les modèles d'IA — comme ceux de NVIDIA — exigent une bande passante que la DDR5 ne peut tout simplement pas atteindre. Samsung a donc choisi de réorienter ses propres usines vers la HBM3E, puis vers la HBM4 dont la production de masse est prévue pour 2026, plutôt que d'investir dans de nouveaux sites pour un produit moins rentable.
Le problème, c'est que Samsung accuse un retard notable face à son concurrent SK Hynix. Ce dernier capte environ 70 % des commandes de HBM4 de NVIDIA pour la plateforme Vera Rubin, selon TrendForce, contre une part de Samsung réduite à environ 17 % du marché HBM au deuxième trimestre 2025 — elle était encore à 41 % un an plus tôt. L'externalisation de la DDR5 est donc aussi une tentative de rattrapage en libérant de la capacité au plus vite.
Ce qui change concrètement
Samsung a confié toute sa nouvelle production de DDR5 à trois partenaires asiatiques, rapporte SamMobile :
- Dreamtech — production lancée depuis novembre 2025 dans son usine de Noida, en Inde, avec une capacité cible de 50 millions d'unités par an. - Hanyang Digitech — fabrication au Vietnam. - SFA Semicon — assemblage aux Philippines.
Ces sociétés sont des OSAT (sous-traitants spécialisés dans l'assemblage et le test de semi-conducteurs). Elles sont moins intégrées que Samsung, ce qui peut allonger les délais d'approvisionnement pour les distributeurs et les entreprises clientes.
Ce que ça implique en France
Pour les particuliers qui achètent de la DDR5 sur Amazon.fr, à la Fnac ou chez Boulanger, le changement ne sera pas immédiatement visible. Les barrettes continueront à exister, mais leur production sera désormais gérée par ces sous-traitants à partir de la fin 2026. Des tensions ponctuelles sur les délais de livraison sont possibles.
Pour les acteurs français du cloud et de l'IA — OVHcloud, Mistral, ou encore les équipes R&D; de grands groupes industriels — la dépendance à SK Hynix et Samsung pour la HBM reste entière. Il n'existe aucun fabricant européen de mémoire HBM, et la France n'a pas investi dans cette filière. La concentration de la production en Corée du Sud accentue une dépendance stratégique que ni la CNIL ni l'ARCEP n'ont les moyens de réguler.
Et ensuite ?
Samsung investit 56 000 milliards de wons (environ 41 milliards de dollars) pour agrandir ses sites HBM à Cheonan et Onyang. Si la qualification de sa HBM4 auprès de NVIDIA aboutit comme prévu, le groupe pourrait regagner des parts de marché dès 2026. En attendant, SK Hynix dicte le rythme — et la DDR5 n'est plus la priorité de Samsung.