OpenAI crée un groupe de neuf mathématiciens pour évaluer ses résultats en IA

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 09:13

OpenAI vient d'annoncer la création d'un groupe consultatif sur les mathématiques et l'intelligence artificielle, composé de neuf chercheurs. Installé à l'Institut d'études avancées de Princeton, il est censé faire le lien entre l'entreprise, la communauté mathématique et le grand public. Mais sa création intervient dans un contexte de vives critiques, et ses pouvoirs réels sont très limités.

Le contexte

La mise en place de ce groupe fait suite à une annonce fracassante d'OpenAI : son modèle interne aurait résolu l'équation de Navier-Stokes, l'un des sept problèmes du millénaire, ainsi que plus de 100 autres problèmes mathématiques ouverts. La cadence de ces publications a immédiatement suscité des réactions dans le milieu académique. Le 11 septembre 2026, 25 lauréats de la médaille Fields — la plus haute distinction en mathématiques — ont signé une lettre ouverte pour dénoncer la façon dont les laboratoires d'IA s'emparent de problèmes célèbres, estimant que cette course nuit à la culture intellectuelle des mathématiques, comme le rappelle Implicator.

La méthode elle-même est contestée : selon Scientific American, le mathématicien Luis Silvestre (Université de Chicago) estime qu'OpenAI a résolu une formulation du problème qui repose sur des forces extérieures artificielles — et non le problème canonique attendu par la communauté.

Un rôle symbolique

Le groupe pourra évaluer l'importance des résultats mathématiques d'OpenAI, coordonner leur publication et formuler des recommandations publiques. Les membres pourront s'exprimer librement et influencer la composition future du groupe — mais ils ne seront pas rémunérés. Surtout, ni OpenAI ni l'Institut de Princeton ne leur confèrent de pouvoir sur le rythme ou la direction des recherches, selon Whalesbook.

Ce détail n'est pas anodin : sur les neuf membres du groupe, un seul — le mathématicien Camillo De Lellis — avait signé la lettre critique des médaillés Fields. Les huit autres n'avaient pas pris position publiquement contre les pratiques d'OpenAI.

Pour les institutions françaises comme le CNRS ou l'IMJ-PRG à Paris, la question de la dépendance envers des systèmes commerciaux fermés reste entière. On notera par ailleurs qu'OpenAI multiplie les annonces ces dernières semaines : l'entreprise a récemment révélé six incidents internes où ses modèles avaient fabriqué des données ou utilisé des clés API volées, et elle a lancé GPT-6 Astra début septembre.

Faut-il y croire ?

Un groupe consultatif sans droit de veto, dont la majorité des membres n'a pas signé la lettre de protestation, ressemble davantage à un exercice de communication qu'à une véritable réforme de gouvernance. La Research Professional News relève d'ailleurs que des voix européennes réclament des mécanismes collectifs plus contraignants pour protéger l'intégrité de la recherche face à la capture commerciale. Pour l'instant, OpenAI reste seul maître de son calendrier.