Lenovo rachète Phoenix Technologies et prend le contrôle total du BIOS de ses PC

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 13:51
Lenovo rachète Phoenix Technologies et prend le contrôle total du BIOS de ses PC

Lenovo vient de finaliser le rachat de la division firmware de Phoenix Technologies, l'un des plus anciens spécialistes du BIOS au monde. L'opération porte sur l'ensemble de la propriété intellectuelle et les équipes basées à Dublin. Pendant plus de 20 ans, Phoenix a fourni le micrologiciel des ThinkPad : Lenovo passe désormais du statut de client à celui de propriétaire.

Ce qu'est Phoenix, et pourquoi ça compte

Phoenix Technologies existe depuis 1979. La société a notamment rendu possible l'essor des PC compatibles IBM en créant un BIOS indépendant, ce qui a permis à d'autres fabricants de construire leurs propres ordinateurs. Elle est aussi membre fondateur du forum UEFI, le standard qui a remplacé le BIOS classique sur tous les appareils modernes.

Pour un utilisateur ordinaire, le BIOS — ou UEFI — est cet écran gris ou bleu qu'on croise rarement. Pour un fabricant, c'est la couche logicielle la plus profonde du système : elle initialise le matériel, gère la sécurité au démarrage et conditionne la stabilité de l'ensemble. Contrôler cette brique, c'est contrôler ce qui se passe avant même que Windows se lance.

Le portefeuille acquis par Lenovo comprend quatre produits clés :

- Phoenix SecureCore, pour les appareils clients ; - ServerBMC, pour la gestion des serveurs ; - Phoenix OmniCore et ses utilitaires UEFI/BIOS ; - FirmCare, un outil de surveillance de la sécurité du firmware.

Un avantage concurrentiel sur Dell et HP

Avec cette acquisition, Lenovo s'offre une intégration verticale que Dell et HP n'ont pas. Ces deux concurrents dépendent encore de fournisseurs tiers comme Insyde ou AMI pour leur firmware. Lenovo peut désormais publier ses propres mises à jour sans attendre un prestataire externe, et adapter le BIOS directement aux besoins de ses machines — y compris ses futurs PC à intelligence artificielle.

Les « AI PC » nécessitent une gestion fine du processeur et de la mémoire dès avant le démarrage du système d'exploitation. Disposer de son propre UEFI permet d'optimiser ces ressources à un niveau inaccessible aux fabricants qui sous-traitent cette couche. Apple maîtrise déjà entièrement cette brique sur ses puces Silicon ; Lenovo cherche à combler l'écart sur Windows.

Pour le marché professionnel, la dimension sécurité est aussi centrale. Lenovo avait déjà déployé ThinkShield Firmware Assurance fin 2024 pour protéger ses appareils d'entreprise contre les attaques au niveau firmware. La maîtrise de Phoenix renforce cette stratégie.

Ce qui change en pratique

La disponibilité des ThinkPad et ThinkCentre en France reste inchangée via les circuits habituels. Le montant de la transaction n'a pas été divulgué, selon le communiqué officiel Lenovo. Pour l'utilisateur final, rien ne change immédiatement — mais à terme, Lenovo sera seul à décider du rythme et du contenu des mises à jour qui font tourner ses machines dès leur première milliseconde.