GameStop veut racheter eBay pour 56 milliards de dollars
GameStop, la chaîne de magasins de jeux vidéo devenue célèbre pour ses actions "mèmes" en 2021, propose de racheter eBay pour 56 milliards de dollars. L'offre, non sollicitée, valorise chaque action eBay à 125 dollars, soit une prime d'environ 20 % par rapport au cours de vendredi. Si elle aboutit, cette fusion redessinera en profondeur le paysage du e-commerce mondial — et celui de la France avec lui.
L'offre et la stratégie
Ryan Cohen, PDG de GameStop, a présenté un plan en deux volets : 50 % cash, 50 % actions. Pour financer l'opération, il s'appuie sur un engagement de dette de 20 milliards de dollars de la part de TD Bank, auquel s'ajoutent les 9,4 milliards de dollars de trésorerie disponible de GameStop. Il manque encore environ 27 milliards — un écart que Cohen envisage de combler via une émission d'actions ou des fonds souverains du Golfe, ce qui soulève des questions sur la dilution des actionnaires et la souveraineté des données, selon Reuters.
L'idée centrale : transformer les 1 600 magasins GameStop aux États-Unis en points de dépôt, d'authentification et d'expédition pour les vendeurs eBay. Sur un marché où la confiance dans l'authenticité des produits est cruciale — montres, sneakers, cartes à collectionner — ce modèle "brique et clic" pourrait avoir du sens. Cohen vise 2 milliards de dollars de réductions de coûts annualisées en douze mois, notamment en réduisant les 2,4 milliards dépensés par eBay en ventes et marketing, détaille CNBC.
Ce que ça change pour le marché français
En France, eBay reste un acteur secondaire : sa part de marché tourne autour de 8 à 10 %, loin derrière Amazon qui dépasse les 40 %. La plateforme subit la concurrence croissante de Vinted et de Leboncoin dans la revente entre particuliers. Fnac-Darty et Cdiscount taillent, eux, des croupières à eBay sur l'électronique reconditionnée.
Le modèle de hubs d'authentification physiques imaginé par Cohen est absent du territoire français, où GameStop ne dispose d'aucune enseigne. L'intégration logistique resto donc purement américaine à court terme.
Par ailleurs, toute fusion de cette ampleur passerait sous le radar des régulateurs européens. eBay est déjà soumise au Digital Services Act (DSA) ; une entité combinée devrait se conformer aux règles DMA sur les plateformes structurantes. La CNIL pourrait également examiner de près le traitement des données des utilisateurs français, a fortiori si des fonds étrangers entrent au capital.
Des doutes sérieux sur la faisabilité
Les marchés restent prudents. L'action eBay n'a progressé que de 13 % après l'annonce, bien en deçà de la prime de 20 % offerte — signe que les investisseurs doutent de la conclusion de l'opération. Bloomberg Intelligence juge la probabilité de closing "faible", rappelant que la capitalisation boursière de GameStop (environ 12 milliards de dollars) représente moins d'un quart du prix proposé. Le GMV d'eBay a reculé de 100 milliards de dollars en 2020 à 79,6 milliards en 2025, ce qui fragilise la thèse d'une plateforme à "redresser", note Fortune.
Si le conseil d'administration d'eBay rejette l'offre, Cohen a prévenu qu'il était prêt à mener une bataille pour les droits de vote des actionnaires. GameStop détient déjà 5 % du capital d'eBay — un levier non négligeable pour agiter les assemblées générales.