Woven City : Toyota ouvre son laboratoire de mobilité du futur au pied du Fuji

Par: Michael Korgs | 05.05.2026, 16:55
Woven City, la ville laboratoire de Toyota au pied du mont Fuji. Illustration : Toyota Woven City, la ville laboratoire de Toyota au pied du mont Fuji. Illustration : Toyota. Source: Source : Toyota

Toyota a officiellement lancé Woven City en septembre 2025 : une ville entière construite sur un ancien site industriel de 71 hectares au pied du mont Fuji, dans la préfecture de Shizuoka. Environ 100 résidents — employés de Toyota et de sa filiale Woven by Toyota, accompagnés de leurs familles — y vivent aujourd'hui comme cobayes volontaires d'une infrastructure pensée autour de l'intelligence artificielle et de la mobilité autonome. À terme, la ville doit accueillir jusqu'à 2 000 habitants.

Le principe

L'idée centrale est que la sécurité routière ne peut pas reposer uniquement sur les véhicules. Selon le directeur technique du projet John Absmeier, même le meilleur lidar embarqué ne suffit pas à éviter un enfant surgissant d'un angle mort. La ville elle-même doit « voir ». Pour cela, Woven City déploie un protocole V2X (Vehicle-to-Everything) qui relie chaque véhicule aux infrastructures environnantes : poteaux, murs, intersections équipées de plusieurs caméras.

En avril 2026, Toyota a présenté son AI Vision Engine, un système d'analyse de l'activité en temps réel. Les concepteurs assurent qu'il identifie les personnes par leurs vêtements plutôt que par leur visage, ce qui permettrait un suivi de déplacement sans identification directe. La densité de surveillance reste néanmoins très élevée — jusqu'à huit caméras par carrefour, six dans certains logements.

La vie dans la ville

Pour gérer le consentement, Woven City utilise une architecture appelée Data Fabric : chaque résident choisit quelles données partager. Les données restent dans l'écosystème Toyota et ne sont pas revendues à des annonceurs tiers. selon l'avis de confidentialité Woven by Toyota, les transferts vers le Japon sont encadrés par des clauses contractuelles types conformes à l'article 46 du RGPD. Résultat : 98 % des résidents ont accepté la présence de robots équipés de caméras dans leurs logements, rapporte GreenCars après une visite en avril 2026.

Une « centrale électrique virtuelle » complète le dispositif : les panneaux solaires installés sur les garages et les chargeurs bidirectionnels permettent d'utiliser les batteries des véhicules garés comme une immense réserve d'énergie, couvrant jusqu'à 10 % des besoins de la ville aux heures de pointe.

Les limites du système

Les ambitions se heurtent à des obstacles concrets. Les trottinettes électriques trois roues Swake et la majorité des robots-coursiers cessent de fonctionner sous la pluie — leurs capteurs sont aveuglés par l'eau. La recharge automatique des câbles électriques n'est pas encore réalisée ; un humain doit encore brancher. Et seulement 10 % des 71 hectares prévus sont opérationnels à ce stade.

Le grand public pourra candidater à partir de l'exercice fiscal 2026. Toyota cherche à vendre ce modèle de ville à d'autres municipalités, mais aucune ville occidentale n'a encore annoncé son adoption, selon l'annonce officielle de lancement. Pour la France, aucun partenaire français — ni industriel, ni technologique — ne figure parmi les 24 partenaires Inventors confirmés. La question de savoir si un modèle de surveillance aussi dense est transposable dans un cadre réglementaire européen plus strict reste entière.