Serveurs Nvidia smugglés vers la Chine via la Thaïlande : Super Micro au cœur d'un scandale à 2,5 milliards de dollars
Un cofondateur de Super Micro Computer est accusé d'avoir organisé l'envoi de 2,5 milliards de dollars de serveurs équipés de puces Nvidia vers la Chine, en passant par un intermédiaire thaïlandais. Selon Bloomberg (8 mai 2026), cette filière aurait fonctionné tout au long de 2024 et 2025, au moment même où le département américain de la Justice (DOJ) enquêtait déjà sur la société pour des irrégularités comptables. Pour les entreprises européennes qui s'approvisionnent en matériel serveur, l'affaire illustre un risque systémique bien réel dans la chaîne d'approvisionnement mondiale.
La filière thaïlandaise
La société OBON Corp, liée à l'initiative nationale thaïlandaise sur l'intelligence artificielle, servait de façade logistique. Dans les documents judiciaires du DOJ, elle apparaît sous le nom de code « Société-1 ». Selon Bloomberg, Alibaba Group figure parmi les clients finaux en Chine — la firme aurait cherché à alimenter ses infrastructures d'IA en contournant les restrictions américaines sur les exportations de semi-conducteurs avancés.
Charles Liang, cofondateur de Super Micro, est mis en cause personnellement pour avoir donné des instructions en lien avec cet intermédiaire. Il a plaidé non coupable. Super Micro, de son côté, n'est pas poursuivie en tant qu'entité : la société affirme coopérer avec la justice et se présente comme victime.
La société thaïlandaise OBON Corp aurait servi d'intermédiaire pour acheminer des serveurs Super Micro équipés de puces Nvidia vers des clients chinois entre 2024 et 2025.
Ce que ça change en pratique
L'affaire met en lumière une limite concrète des contrôles à l'exportation : ils perdent leur efficacité dès qu'un intermédiaire installé dans un pays tiers accepte de jouer le rôle de transit. La Thaïlande, qui aspire à devenir un hub régional de l'IA, offrait dans ce cas une couverture crédible.
Pour les acteurs français du numérique — qu'il s'agisse d'OVHcloud, de Mistral AI ou des divisions technologiques de grands groupes industriels — la leçon est claire : la traçabilité du matériel serveur ne s'arrête pas à la commande. Les fournisseurs intermédiaires situés en Asie du Sud-Est peuvent constituer un maillon aveugle, comme le souligne Morrison Foerster (février 2026) dans son analyse de l'opération Gatekeeper du DOJ.
Un troisième scandale pour Super Micro
Ce n'est pas la première fois que Super Micro se retrouve sous pression réglementaire. L'auditeur EY avait démissionné en 2024, et une enquête du DOJ sur la comptabilité de la société est toujours en cours. L'inculpation de son cofondateur constitue le troisième épisode majeur depuis 2018.
La politique commerciale de l'administration Trump complique encore la lecture : Washington a assoupli en décembre 2025 les conditions d'exportation des puces H200 vers la Chine via un mécanisme tarifaire à 25 %, tout en poursuivant pénalement les filières non autorisées. Ce double standard laisse planer une incertitude réelle sur ce qui est toléré — et ce qui ne l'est pas.