Nano Nuclear et Supermicro veulent mettre un réacteur dans les data centers IA

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 14:33
Nano Nuclear et Supermicro veulent mettre un réacteur dans les data centers IA

L'intelligence artificielle consomme de l'électricité à un rythme que les réseaux actuels peinent à suivre. Nano Nuclear Energy et Supermicro ont signé le 6 mai 2026 un mémorandum d'entente pour explorer l'intégration de micro-réacteurs nucléaires directement dans des data centers dédiés à l'IA. L'accord est non contraignant et purement exploratoire — mais il illustre jusqu'où les acteurs du secteur sont prêts à aller pour sécuriser leur approvisionnement énergétique.

Le réacteur KRONOS en bref

Le projet s'appuie sur le KRONOS MMR, un micro-réacteur à haute température développé par Nano Nuclear. Il est conçu pour produire environ 15 MW, fonctionner plus de 20 ans sans rechargement et être transportable par camion. L'idée : déployer des data centers autonomes, déconnectés du réseau électrique, dans des zones où l'infrastructure existante est insuffisante.

Le rôle de Supermicro consiste à adapter ses plateformes de serveurs, ses systèmes de stockage et, surtout, ses circuits de refroidissement à cette source d'énergie locale. Avec une production sur site, il devient possible de récupérer la chaleur des serveurs et du réacteur dans une boucle fermée plus efficace.

Ce que l'accord cache

L'enthousiasme autour de cette annonce mérite d'être tempéré. Nano Nuclear n'a généré aucun revenu significatif jusqu'à fin 2025 et accuse des pertes cumulées de 64 millions de dollars, selon TS2. Le mémorandum lui-même prévient explicitement que la collaboration pourrait ne déboucher ni sur un accord contraignant, ni sur un projet générateur de revenus. Les délais de déploiement visés — début des années 2030 — sont jugés optimistes par plusieurs observateurs, notamment en raison des cycles de certification auprès du régulateur américain NRC.

Data Center Dynamics souligne que ces objectifs restent irréalistes dans l'état actuel des procédures réglementaires.

Un contexte américain, pas encore européen

La tendance de fond est réelle : l'AIE prévoit que la consommation mondiale des data centers passera d'environ 485 TWh en 2025 à près de 950 TWh d'ici 2030. Microsoft a relancé la centrale de Three Mile Island (837 MW, contrat de 20 ans), Amazon a signé un accord similaire pour 1,92 GW auprès de la centrale de Susquehanna.

Mais ces montages concernent des réacteurs existants aux États-Unis. En France, EDF exploite 56 réacteurs et fournit déjà une électricité bas-carbone aux opérateurs comme OVHcloud — sans recourir à des micro-réacteurs modulaires. Aucun acteur français n'a annoncé de démarche comparable à celle de Nano Nuclear, et aucun cadre réglementaire spécifique aux MMR pour data centers n'existe à ce jour en Europe.

Pour l'instant, il s'agit d'un pari américain sur une technologie non encore commercialisée. À suivre, mais sans urgence côté français.