La Chine ouvre les fréquences 6G : une avance stratégique qui inquiète l'Europe

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 16:36
La Chine ouvre les fréquences 6G : une avance stratégique qui inquiète l'Europe

Le ministère chinois de l'Industrie et des Technologies de l'information (MIIT) a officiellement attribué, le 8 mai 2026, un spectre d'essai dans la bande 6 GHz au groupe IMT-2030, le principal coordinateur des ambitions télécom de Pékin en matière de 6G. Ce n'est pas un simple test en laboratoire : c'est une manœuvre réglementaire destinée à peser sur les standards techniques mondiaux qui seront fixés d'ici 2030.

Pourquoi la bande 6 GHz ?

La bande 6 GHz occupe une position intermédiaire dans le spectre radio. Elle offre des débits bien supérieurs à la 5G actuelle, une latence réduite, et une couverture bien plus large que les ondes millimétriques — ces fréquences très hautes qui peinent à traverser les murs ou les feuillages. C'est ce compromis qui en fait une candidate idéale pour les futurs usages de masse : intelligence artificielle embarquée, communications holographiques, transport autonome. L'Union internationale des télécommunications (UIT) prévoit que les réseaux 6G constitueront le socle de ces applications à l'horizon 2030.

La Chine avait déjà réservé l'ensemble de la bande 6 GHz à l'usage mobile dès juillet 2023. L'attribution de mai 2026 franchit une étape supplémentaire : des essais terrain dans des régions ciblées, pour valider les technologies et consolider des dépôts de brevets avant la fenêtre de soumission à l'UIT prévue autour de 2028.

L'Europe en ordre dispersé

La France et ses partenaires européens avancent plus lentement. En novembre 2025, le Groupe de politique du spectre radio (RSPG) a approuvé l'attribution de 540 MHz de la bande supérieure 6 GHz aux réseaux mobiles — laissant 160 MHz en attente des conclusions de la Conférence mondiale des radiocommunications 2027. Une décision partielle, selon Light Reading, qui contraste avec l'approche unifiée et mobile-first de la Chine.

Cette fragmentation a des conséquences concrètes. Si Pékin parvient à imposer ses brevets comme essentiels aux standards 6G — la Chine dépose déjà environ 47 % des brevets mondiaux sur le sujet — les opérateurs français comme Orange ou les acteurs du cloud comme OVHcloud devront négocier des licences ou s'adapter à des équipements définis ailleurs. La stratégie numérique de la Commission européenne mise sur un investissement de 900 millions d'euros via le partenariat SNS JU, mais le calendrier reste serré face à l'accélération chinoise.

2030, pas avant

Pour les consommateurs, aucune urgence immédiate : le déploiement commercial de la 6G n'est pas attendu avant 2030, et plutôt entre 2032 et 2035 en Europe. On est encore dans la phase des standards et des brevets, pas celle des forfaits. Mais les décisions prises aujourd'hui — qui contrôle le spectre, qui dépose les brevets, qui influence l'UIT — détermineront les conditions d'accès à cette technologie pour des années. Selon une analyse de CKGSB, le vrai risque n'est pas un retard technique, mais une fragmentation des écosystèmes qui rendrait la coopération internationale plus coûteuse.