Starship V3 : la fusée la plus puissante jamais lancée réussit son premier vol, malgré des pannes moteurs
SpaceX a lancé le 22 mai 2026 la première version V3 de son Starship depuis Starbase, au Texas, à 22h30 GMT. Il s'agissait du 12e vol d'essai du programme et du premier depuis octobre 2025. Avec 124 mètres de hauteur et 33 moteurs Raptor 3 produisant 9 240 tonnes de poussée, le Starship V3 est officiellement le lanceur le plus puissant jamais mis en vol — soit environ dix fois la capacité d'emport en orbite basse de l'Ariane 6.
La mission en détail
Le premier étage Super Heavy a perdu un moteur peu après le décollage, puis plusieurs autres lors du manœuvre de boostback (la phase de retour), ce qui a empêché un amerrissage contrôlé. Le propulseur s'est écrasé dans le golfe du Mexique. L'étage supérieur Ship 39 a lui aussi perdu un de ses six moteurs Raptor en cours d'ascension, mais l'ordinateur de bord a automatiquement compensé en prolongeant la combustion des cinq moteurs restants. Le vaisseau a atteint sa trajectoire suborbitale prévue et amerri dans l'océan Indien comme planifié.
La mission a déployé 20 maquettes de satellites Starlink et deux satellites d'imagerie. La structure V3 se distingue aussi de la V2 par l'absence d'anneau d'interstage séparé : les deux étages sont désormais directement intégrés, réduisant le poids et la complexité mécanique. SpaceX a diffusé l'intégralité de la descente en direct, dans un souci de transparence affiché.
Ce que ça change pour l'Europe
La capacité du V3 en orbite basse dépasse 100 tonnes, contre environ 10 tonnes pour l'Ariane 6. C'est un écart qui contraint Arianespace à se repositionner sur des niches que Starship ne peut pas encore cibler — notamment les lancements institutionnels européens soumis à des exigences de souveraineté. Les satellites civils français (Spot, Pléiades) pourraient à terme se retrouver face à un choix : louer une place à bord de Starship ou attendre une alternative européenne.
La question de la fiabilité reste ouverte. Les défaillances en cascade des moteurs Raptor 3 lors du boostback — dont la cause n'est pas encore établie — sont sous investigation, selon Beyond Tomorrow. SpaceX n'a pas encore précisé s'il s'agit d'un problème de conception ou d'une anomalie propre à cet exemplaire. Les spécifications techniques complètes du V3, détaillées par Space.com, confirment l'ambition industrielle du programme, mais aussi ses marges de progression.
La prochaine étape
SpaceX vise une qualification du V3 d'ici 2028 pour les missions lunaires Artemis 3 de la NASA. En parallèle, la société a déposé un dossier S-1 en vue d'une introduction en bourse prévue en juin 2026, révélant 3 milliards de dollars de dépenses en R&D; en 2025. Le résultat de ce 12e vol — succès partiel, avec booster perdu mais étage supérieur opérationnel — sera scruté par les investisseurs autant que par les ingénieurs.