SpaceX décroche 2,29 milliards de dollars pour bâtir l'internet militaire américain dans l'espace

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 14:29
SpaceX décroche 2,29 milliards de dollars pour bâtir l'internet militaire américain dans l'espace

SpaceX vient de décrocher un contrat de 2,29 milliards de dollars auprès de l'US Space Force pour construire le Space Data Network (SDN) Backbone — un réseau de satellites en orbite basse reliés par des liaisons laser, sans passer par des stations terrestres. Un prototype opérationnel est attendu d'ici fin 2027. Pour l'Europe, et pour la France en particulier, l'annonce illustre un fossé technologique qui se creuse chaque année.

Le laser plutôt que le câble

Les satellites Starshield — version militaire du Starlink civil — communiquent directement entre eux par faisceaux laser dans le vide. Ce choix supprime les relais au sol, réduit la latence et rend le signal bien plus difficile à intercepter qu'une transmission radio classique. Selon SpaceNews, le SDN Backbone doit s'intégrer au Transport Layer de la Space Development Agency, qui regroupe déjà plus de 300 satellites de différents fournisseurs. SpaceX en devient la « colonne vertébrale » qui unifie l'ensemble.

L'objectif est concret : transmettre en quasi-temps réel des données de ciblage entre capteurs de renseignement, centres de commandement et systèmes d'armes. Air & Space Forces précise que l'US Space Force prévoit d'identifier un second prestataire pour la construction des satellites à l'été 2026, afin d'éviter une dépendance exclusive à un seul fournisseur — mais SpaceX part avec une longueur d'avance considérable.

La France en attente d'IRIS²

La France ne dispose pas, à ce jour, d'une constellation laser-satcom autonome capable de rivaliser avec ce niveau de service pour la défense. IRIS², le programme européen de connectivité sécurisée, n'est pas attendu avant 2027–2030 pour ses premiers lancements, selon une analyse de McKinsey. D'ici là, les armées françaises engagées dans des opérations extérieures s'appuient sur des architectures qui n'offrent ni la latence ni la résilience du SDN américain.

La question des données se pose également : transiter par un système américain classifié comme Starshield pour des données tactiques sensibles soulève des interrogations sur la souveraineté numérique, un débat que la DGA ne peut pas esquiver indéfiniment.

Un écart qui se mesure en années

SpaceX ne fait pas que vendre des satellites — on bâtit une infrastructure critique dont d'autres nations deviennent structurellement dépendantes. Pour la France, le vrai enjeu n'est pas tant ce contrat en lui-même que le temps qu'il faudra pour qu'IRIS² offre une alternative crédible. Chaque mois de retard est un mois supplémentaire de dépendance vis-à-vis d'une architecture dont Paris ne contrôle ni les clés de chiffrement ni les conditions d'accès.