La Chine brûle du charbon pendant que l'énergie verte se perd dans les tuyaux

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 14:35
La Chine brûle du charbon pendant que l'énergie verte se perd dans les tuyaux

La Chine a augmenté ses émissions de CO2 de 2 % au premier trimestre 2026, alors même que sa capacité en énergies renouvelables atteignait des sommets historiques. Selon une analyse CREA publiée début juin, le pays a perdu l'équivalent des besoins électriques trimestriels de la France entière — non par manque d'infrastructure, mais à cause de contrats qui forcent les centrales à charbon à tourner même lorsque le solaire et l'éolien produisent en excès.

Le charbon garanti par contrat

Le problème n'est pas technique. Les centrales à charbon et à gaz chinoises opèrent sous des contrats de long terme qui leur garantissent des volumes de production définis à l'avance. Résultat : elles continuent de brûler du combustible fossile même quand l'électricité renouvelable est disponible en surplus et bien moins chère. Les échanges inter-provinciaux d'électricité, eux aussi régis par des contrats annuels rigides, bloquent les flux en temps réel entre régions. Une province où le vent souffle fort ne peut pas systématiquement exporter son surplus à la voisine.

Au premier trimestre 2026, le taux d'écrêtement — c'est-à-dire la part d'énergie renouvelable produite mais non injectée dans le réseau — a atteint 9,2 % pour le solaire et 8,5 % pour l'éolien.

110 TWh évaporés

Sans ces blocages contractuels, la Chine aurait pu produire 170 TWh supplémentaires d'énergie propre sur le trimestre. En réalité, la croissance effective n'a été que de 60 TWh — soit un manque à gagner de 110 TWh. Pour donner une échelle, c'est à peu près ce que la France consomme en un trimestre.

Selon Carbon Brief, la crise du détroit d'Ormuz au début de l'année a mis en évidence un paradoxe : la rigidité du réseau chinois a aggravé la vulnérabilité énergétique du pays précisément au moment où il aurait dû tirer parti de ses renouvelables.

Une leçon pour les réseaux en transition

Ce scénario n'est pas propre à la Chine. EDF et le réseau français s'appuient eux aussi sur des contrats pluriannuels — notamment pour le nucléaire — qui peuvent compliquer l'intégration de volumes variables de solaire et d'éolien. L'expérience chinoise illustre concrètement ce qui arrive quand la structure contractuelle ne suit pas le rythme de déploiement des renouvelables : on construit des panneaux, mais on brûle quand même du charbon.

La réforme du système, prévue dans le 15e plan quinquennal chinois (2026–2030), vise à introduire davantage de flexibilité et de marchés en temps réel. Mais le calendrier précis de mise en œuvre reste flou, et l'objectif de rétrofit de 86 GW de centrales à charbon d'ici 2027 n'est pas clairement en bonne voie.