Kioxia dépasse Toyota en Bourse : quand la mémoire vaut plus que l'automobile

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 16:30
Kioxia dépasse Toyota en Bourse : quand la mémoire vaut plus que l'automobile

Un fabricant de mémoire flash inconnu du grand public vaut désormais plus que le premier constructeur automobile mondial. Le 12 juin 2026, Kioxia a brièvement dépassé Toyota à la Bourse de Tokyo, avec une capitalisation de près de 240 milliards de dollars contre 224 milliards pour Toyota. Ce basculement symbolique illustre à quel point l'intelligence artificielle redistribue les cartes de l'économie mondiale.

La mémoire NAND, nouveau pétrole de l'IA

Kioxia est née en 2018 de la cession douloureuse de la division mémoire de Toshiba, avant d'être rebaptisée en 2019. Son actionnaire majoritaire est le fonds américain Bain Capital (51,1 %), Toshiba en conservant 30,5 %. Pendant des années, l'introduction en Bourse a été repoussée. Aujourd'hui, la société est le troisième acteur mondial du NAND flash, derrière Samsung et SK Hynix, selon Counterpoint NAND Q1 2026 market share.

Ce retournement de situation tient à une équation simple : chaque nouveau centre de données construit par Google, Microsoft ou Amazon nécessite des milliers de SSD d'entreprise. Or la capacité de production mondiale est saturée. Phison, l'un des principaux contrôleurs NAND, a indiqué que l'ensemble des fabricants affichait complet jusqu'à la fin 2026. Les prix des SSD entreprise ont bondi de 53 à 58 % en un seul trimestre début 2026, selon TrendForce Q1 2026 memory outlook. Kioxia prévoit d'augmenter ses investissements de 41 % sur un an, à 4,5 milliards de dollars.

Un angle mort pour l'Europe

La France n'a aucun fabricant de mémoire NAND dans la course. OVHcloud et les opérateurs de centres de données français se retrouvent en compétition directe avec les géants du cloud américains pour obtenir des composants dont les délais de livraison dépassent désormais 40 semaines. Les prix ont doublé depuis fin 2025, selon NAND Research Memory & Flash Crisis (March 2026).

L'industrie automobile n'est pas épargnée : Renault et Stellantis subissent eux aussi la réallocation des puces mémoire vers les infrastructures IA, allongeant les délais de livraison de certains modèles. Le marché NAND reste dominé à 55 % par l'Asie-Pacifique, sans alternative européenne crédible à court terme.

Quid de la suite ?

Toyota n'est pas hors jeu : le constructeur investit dans l'électrique et les véhicules autonomes, deux secteurs très gourmands en composants mémoire. Mais le dépassement boursier est acté, et il envoie un message clair aux grandes entreprises industrielles : sans position dans la chaîne d'approvisionnement des semi-conducteurs, la valorisation restera sous pression. Pour les consommateurs et les entreprises en France, la pénurie de mémoire NAND signifie des coûts de stockage cloud plus élevés et des délais d'approvisionnement en matériel qui ne se normalisent pas avant 2027.