Chrome 150 signe la fin des vrais bloqueurs de publicités
Le 30 juin 2026, la mise à jour Chrome 150 supprime le paramètre `ExtensionManifestV2Disabled`, la dernière option qui permettait de maintenir en vie des extensions comme uBlock Origin dans le navigateur de Google. Un mois plus tard, Chrome 151 effacera définitivement toute l'infrastructure Manifest V2 du code source. Pour les 40 millions d'utilisateurs d'uBlock Origin sur Chrome, c'est la fin d'une époque.
Ce qui change vraiment
Jusqu'ici, les bloqueurs de publicités puissants fonctionnaient en interceptant directement les requêtes réseau — ils coupaient les publicités et les traceurs avant même qu'ils atteignent le navigateur. Avec le nouveau standard Manifest V3 (MV3), ce modèle disparaît. Les extensions ne peuvent plus agir librement : elles soumettent des règles au navigateur, qui décide ensuite quoi bloquer. Google contrôle donc les deux bouts de la chaîne : la diffusion des publicités et les règles d'autorisation des bloqueurs.
Le problème technique est précis : MV3 limite les listes de filtres à 30 000 règles. Or les grandes listes comme EasyList en nécessitent 75 000, EasyPrivacy 45 000, et les filtres régionaux français (Fanboy French, Adblock France) entre 20 000 et 30 000 à eux seuls. En pratique, les utilisateurs français perdent la capacité de bloquer les traceurs spécifiques au marché français, particulièrement ceux que la CNIL surveille de près — sans que la CNIL ni l'ARCEP aient pris position sur le sujet.
Quelles alternatives ?
Google propose uBlock Origin Lite, une version allégée adaptée à MV3, notée 4,7 étoiles sur le Chrome Web Store. Mais elle ne gère ni le filtrage dynamique, ni les filtres cosmétiques avancés, ni le contournement des systèmes anti-bloqueurs — les protections les plus utiles pour un usage quotidien.
Les seules alternatives sans compromis restent Firefox, qui s'est engagé à maintenir le support de MV2 indéfiniment selon Mozilla, et Brave, dont le bloqueur intégré Shields opère directement au niveau du moteur de rendu, en dehors de MV3. Edge et Opera, construits sur Chromium comme Chrome, devraient suivre la même voie que Google dans les mois qui viennent.
Ce que ça signifie en pratique
Si vous utilisez Chrome avec uBlock Origin, vous avez deux options après le 30 juin : basculer vers uBlock Origin Lite en acceptant une protection diminuée, ou changer de navigateur. Pour ceux dont la vie privée en ligne est une priorité — notamment face aux traceurs publicitaires omniprésents sur les sites français —, Firefox reste la solution la plus directe. La transition prend moins de dix minutes, extensions comprises.
La décision de Google intervient dans un contexte tendu : le déploiement des AI Overviews réduit déjà le trafic vers les éditeurs, et l'affaiblissement simultané des bloqueurs renforce encore davantage le contrôle de Google sur la monétisation du web, comme le relève Digital Trends.