Griffin-1 : Astrobotic retente sa chance sur la Lune après l'échec de Peregrine
Le constructeur américain Astrobotic a présenté Griffin-1, son nouvel atterrisseur lunaire, quelques semaines avant de l'envoyer au laboratoire JPL de la NASA pour une série de tests environnementaux. La mission est prévue fin 2026 sur une fusée Falcon Heavy, à destination du pôle sud de la Lune. L'enjeu est considérable : après l'échec de Peregrine-1 en janvier 2024, toute la crédibilité du programme commercial lunaire de la NASA repose sur ce lancement.
Leçon tirée de Peregrine
Peregrine-1 avait coulé à cause d'une fuite sur une simple vanne du circuit carburant — un point de défaillance unique qui a tout compromis. Sur Griffin-1, Astrobotic a revu l'architecture en profondeur : le système de propulsion intègre désormais deux composants redondants et indépendants de types différents. L'objectif est d'éliminer ce scénario catastrophe avant même le décollage.

Un atterrisseur de grande capacité
Griffin-1 peut transporter jusqu'à 650 kg de charge utile à la surface lunaire — une capacité sans commune mesure avec Peregrine. La charge principale est le rover FLIP (FLEX Lunar Innovation Platform), développé par la société californienne Astrolab en remplacement du rover VIPER, annulé par la NASA en juillet 2024. FLIP embarquera également plusieurs instruments scientifiques dans le cadre du programme CLPS de la NASA, dont la caméra LandCam-X de l'ESA. Aucune charge utile française n'est confirmée à ce stade : la participation nationale reste limitée aux contrats passés via l'ESA, le CNES n'étant pas partenaire direct du programme CLPS.
Rachat et consolidation du secteur
La préparation de Griffin-1 coïncide avec un bouleversement industriel majeur. Voyager Technologies a annoncé le rachat d'Astrobotic pour jusqu'à 300 millions de dollars — 162 millions versés à la signature, le reste conditionné au succès des prochaines missions. Voyager vise une offre « full-stack » : atterrisseurs, alimentation électrique, habitats — toute la chaîne logistique entre la Terre et la surface lunaire. Ce mouvement de consolidation illustre une tendance de fond : les contrats Artemis, dont la NASA prépare les prochaines étapes pour 2028, attirent des capitaux privés massifs.
Pour l'Europe, la leçon est claire. L'ESA embarque des instruments sur Griffin-1, mais l'infrastructure reste américaine. La France observe cette course commerciale sans y participer en tant qu'acteur industriel souverain — le modèle CLPS n'a pas d'équivalent côté CNES. Si Griffin-1 réussit son alunissage, il deviendra l'un des objets commerciaux les plus importants jamais posés sur la Lune, et Voyager aura démontré que la logistique lunaire privée est viable à grande échelle.