51,3 Tb/s sur fibre à cœur creux : la Chine franchit un cap pour les réseaux backbone
China Telecom, le fabricant de fibres YOFC et Dekoli viennent de réussir le premier essai terrain au monde d'une liaison backbone en fibre à cœur creux (hollow-core fiber, HCF) : 51,3 Tb/s transmis sur 206,5 km sans aucun amplificateur intermédiaire, selon YOFC. Ce record repose sur le câble HCF commercial transfrontalier le plus long jamais déployé en conditions réelles. Pour les opérateurs et les datacenters, la promesse est claire : plus de débit, moins de latence, moins d'équipements actifs à maintenir.
L'air plutôt que le verre
Dans une fibre optique classique, la lumière voyage à travers un cœur en silice. Ce matériau ralentit les photons d'environ 30 % par rapport à leur vitesse dans le vide — une contrainte physique inévitable. La fibre à cœur creux remplace ce cœur par un canal d'air, ce qui réduit la latence de 31 % et élimine les distorsions non linéaires liées au matériau. Résultat : on peut pousser des signaux bien plus puissants sur de longues distances.
Pour atteindre les 51,3 Tb/s, les ingénieurs ont combiné plusieurs techniques : gestion adaptative du débit par longueur d'onde (1,2 Tb/s par canal), allocation dynamique de la puissance entre canaux, et une nouvelle architecture d'amplificateur optique uniquement aux extrémités de la liaison. La suppression des répéteurs intermédiaires simplifie considérablement l'architecture réseau et réduit les coûts d'exploitation.
Ce que ça change en France
L'essai chinois intervient alors que le déploiement HCF s'accélère en Europe. Prysmian fabrique déjà de la fibre à cœur creux dans son usine d'Eindhoven, accessible pour les opérateurs français. Microsoft, de son côté, vise 15 000 km de HCF déployés d'ici fin 2026 — dont des routes Azure DCI qui concernent directement les datacenters de Paris et Lyon, selon Data Center Dynamics.
Un projet franco-britannique de liaison transfrontalière pour centres de données haute sécurité dessine par ailleurs un modèle concret pour l'adoption de la HCF dans le cadre du cloud souverain Gaia-X. OVHcloud, premier opérateur cloud européen, pourrait s'appuyer sur cette technologie pour se différencier sur la latence face aux hyperscalers américains.
Les freins qui subsistent
La technologie reste confrontée à deux obstacles. D'abord, aucun standard ITU-T spécifique à la HCF n'est encore adopté — une révision est en cours, ce qui peut ralentir les engagements d'investissement des opérateurs. Ensuite, la formation aux techniques d'épissurage et les délais d'approvisionnement (12 à 18 mois) imposent d'anticiper les décisions d'infrastructure bien en amont. Les régulateurs français — ARCEP et CNIL — n'ont pas encore défini de cadre propre à cette fibre, ce qui laisse une zone grise sur les obligations de supervision des liaisons.
Le passage du laboratoire au terrain est désormais acté. La question pour les acteurs français n'est plus de savoir si la HCF va s'imposer, mais à quelle vitesse ils devront s'y convertir.