Ce vêtement robotisé s'enfile seul en 10 secondes grâce à des « lianes » pneumatiques

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 12:06
Le robot-liane en action. Photo : REUTERS / Kim Soo-hyeon Le robot-liane en action. Photo : REUTERS / Kim Soo-hyeon. Source: Photo : REUTERS / Kim Soo-hyeon

Des ingénieurs de l'université sud-coréenne KAIST et de Stanford ont mis au point un vêtement robotisé qui s'enfile seul en environ dix secondes, sans que l'utilisateur ait à lever un doigt. Le système repose sur des tubes flexibles gonflables intégrés directement dans le tissu, qui se déploient sous pression d'air pour envelopper le corps. La recherche a remporté le KAIST Prix IEEE 2024 — soit l'un des cinq meilleurs travaux sur environ 1 500 publiés cette année-là dans la revue IEEE Robotics and Automation Letters.

L'inspiration

La technologie s'appuie sur le principe des « robots-lianes », déjà expérimenté en chirurgie et en exploration médicale par d'autres équipes de recherche. Ici, l'idée est venue au chercheur principal Kim Nam-gyun lors d'une sortie à vélo sous la pluie : il rêvait d'un imperméable capable de s'enfiler tout seul pendant qu'on pédale. Le mécanisme imite le lierre qui grimpe le long d'un mur — les tubes « poussent » en se retournant sur eux-mêmes (un phénomène appelé éversion) pour plaquer le vêtement contre le corps. Selon le professeur Ryu Jee-hwan de KAIST, le robot « peut progresser à travers des espaces étroits, s'adapter à la forme de son environnement et se mouvoir quelle que soit la nature de la surface — glissante, collante ou inclinée ».

Le système en pratique

L'atout majeur de cette approche est sa simplicité de pilotage : pas de réseau de neurones complexe ni d'ordinateur puissant pour gérer chaque centimètre de tissu. Le vêtement s'adapte aux mouvements en temps réel, même si l'utilisateur bouge pendant la procédure, selon BusinessWorld (17 juillet 2026).

Les applications visées dépassent largement le confort quotidien. Dans les salles blanches de l'industrie des semi-conducteurs, l'habillage en tenue stérile peut mobiliser entre quinze et trente minutes par poste. Automatiser ce geste réduirait les temps morts et limiterait les risques de contamination. Les services de secours pourraient aussi en bénéficier : enfiler une combinaison de protection sans aide extérieure en quelques secondes peut faire la différence lors d'une intervention d'urgence. Enfin, pour les personnes âgées ou en situation de handicap, le système ouvre une piste vers plus d'autonomie au quotidien.

Tests du système en conditions de laboratoire. Photo : REUTERS / Kim Soo-hyeon
Tests du système en conditions de laboratoire. Photo : REUTERS / Kim Soo-hyeon

Avant la commercialisation

Le projet reste pour l'heure au stade du prototype. Aucun partenaire industriel ni calendrier de mise sur le marché n'ont été annoncés. En France, un déploiement éventuel devra composer avec le cadre du RGPD : les capteurs embarqués collectent des données sur la morphologie et les mouvements du corps, ce qui impose une conformité stricte avant tout déploiement commercial. Les secteurs de l'automobile et de la logistique — où des groupes comme Renault ou Stellantis cherchent à automatiser leurs lignes — pourraient constituer des terrains d'expérimentation naturels. La technologie existe et fonctionne ; la route vers les étagères reste, elle, à tracer.