Un réacteur à fusion privé reçoit son feu vert au Texas

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 16:14
Un réacteur à fusion privé reçoit son feu vert au Texas

Le département texan de la santé (DSHS) a délivré un certificat d'enregistrement à American Fusion pour son moteur à fusion Texatron — une autorisation qui couvre 12 configurations allant de 500 kW à 1 GW. L'entreprise peut désormais démarrer ses essais à l'université Texas Tech de Lubbock sans passer par les procédures fédérales habituelles. À l'heure où l'Europe construit encore ses cadres réglementaires, cette décision illustre la capacité des États américains à agir indépendamment.

La technologie

Le Texatron repose sur le confinement magnétique d'un plasma très chaud, alimenté par un mélange deutérium-hélium-3 dit « aneutronique ». La promesse centrale : convertir directement l'énergie du plasma en électricité, sans passer par des turbines à vapeur. Ce procédé, appelé conversion directe d'énergie (CDE), réduirait mécaniquement les coûts et produirait très peu de déchets radioactifs à longue durée de vie.

Pour l'instant, ces affirmations restent à prouver. Realta Fusion a réalisé en juin 2026 la première démonstration commerciale de CDE à l'université du Wisconsin-Madison — une première mondiale. American Fusion revendique une approche similaire, mais aucun résultat indépendant n'a encore été publié.

Les essais prévus

La feuille de route se déroule en trois temps : validation du confinement plasma, génération en mode pulsé, puis production continue d'électricité. American Fusion vise la fin 2026 pour boucler cette phase. Les résultats seront soumis à vérification indépendante avant publication.

En parallèle, l'entreprise développe des versions compactes de 5, 10 et 20 MW — ainsi qu'un modèle de 100 MW — destinées aux bases militaires éloignées, aux sites miniers et aux centres de données. Ce segment modulaire représente son premier débouché commercial réaliste.

L'angle européen

La comparaison avec l'Europe s'impose. L'UE a investi 222 millions d'euros pour 2026-2027 dans la filière fusion, et la task force européenne sur l'énergie de fusion — créée en mars 2026, avec la France parmi les membres — travaille à un cadre réglementaire commun. La France reste un acteur public majeur via ITER à Cadarache, mais les acteurs privés français sont quasi absents du tour de table : Commonwealth Fusion Systems, Helion et Realta dominent le capital-risque sectoriel.

Renaissance Fusion, startup grenobloise, développe un stellarator à parois en métal liquide avec une démonstration annoncée fin 2026 — soit un calendrier comparable à celui de Texatron, mais avec une technologie différente.

American Fusion est cotée en OTC sous le symbole AMFN. Son financement reste opaque et un projet d'introduction au Nasdaq n'est pas encore confirmé. Le certificat texan est valable jusqu'au 28 février 2034 : c'est un point de départ, pas une garantie de succès commercial.