Forer puis faire exploser : la stratégie nucléaire chinoise pour dévier les astéroïdes

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 15:42
Illustration de la stratégie de déflexion nucléaire en profondeur proposée par la China Academy of Launch Vehicle Technology. Illustration de la stratégie de déflexion nucléaire en profondeur proposée par la China Academy of Launch Vehicle Technology.. Source: Source : IA

Une équipe de la China Academy of Launch Vehicle Technology vient de publier une étude qui remet en question l'approche dominante en matière de défense planétaire. Selon leurs simulations, placer une charge nucléaire à environ 30 mètres sous la surface d'un astéroïde permet d'obtenir un changement de trajectoire 110 fois supérieur à celui obtenu par impact cinétique. La comparaison directe avec la mission NASA DART est édifiante : en 2022, le vaisseau avait modifié la vitesse de l'astéroïde Dimorphos de seulement 2,7 mm/s. Le modèle chinois revendique 30 cm/s pour un objet d'un kilomètre de diamètre.

La physique du problème

Un vybuh nucléaire en surface dissipe l'essentiel de son énergie dans le vide spatial. Creuser d'abord, puis déclencher la détonation en profondeur, c'est transférer beaucoup plus d'énergie à la roche. Les calculs publiés dans le Space: Science & Technology journal montrent qu'à 30 mètres de profondeur, l'efficacité est trois fois supérieure à celle d'une détonation à 10 mètres, et des dizaines de fois supérieure à une explosion de surface. Concrètement : 3 mégatonnes suffisent à désintégrer un astéroïde de 100 mètres de diamètre ; 300 kilotonnes sont suffisantes pour un objet de 50 mètres.

Illustration de la stratégie de déflexion nucléaire en profondeur proposée par la China Academy of Launch Vehicle Technology.
Illustration de la stratégie de déflexion nucléaire en profondeur proposée par la China Academy of Launch Vehicle Technology.

La mission en deux temps

La logistique proposée est tout aussi ambitieuse. Les auteurs décrivent une architecture en deux modules : un premier vaisseau fore la cavité, un second y dépose la charge nucléaire. Pas question de tenter un tir direct sur un objet filant à 72 000 km/h. Cette approche améliore la précision du point de détonation et maximise le transfert d'énergie. La condition sine qua non : détecter la menace suffisamment tôt pour concevoir, lancer et mener la mission à terme.

Un vide juridique qui persiste

L'Europe adopte une stratégie très différente. L'ESA Space Safety Programme mise sur la détection et l'observation — la mission Hera, lancée en 2024, revient étudier le site d'impact de DART, sans capacité de déflexion active. La France contribue à cet effort via des infrastructures d'observation comme l'Observatoire de la Côte d'Azur, mais ne mène pas de recherche indépendante sur les méthodes nucléaires. Plus problématique : le Traité de l'Espace de 1967, cadre juridique de référence, ne prévoit rien pour des missions de déflexion offensive. Selon le Space Generation Council (2025), aucun protocole contraignant n'existe à ce jour pour encadrer le déploiement de charges nucléaires dans l'espace, même à des fins défensives. La Chine avance donc sur un terrain où les règles du jeu restent à écrire.