Des alpagas contre les poux de mer : AquaNab mise sur les nanoanticorps pour protéger les élevages de saumons
AquaNab, une start-up basée à Hambourg, vient de lever des fonds auprès du fonds finlandais Nordic Foodtech VC pour développer une approche inédite contre les poux de mer — l'un des fléaux les plus coûteux de l'aquaculture mondiale. C'est la première fois que ce fonds investit hors de Scandinavie, ce qui témoigne d'une certaine confiance dans la technologie. Le principe : intégrer des nanoanticorps directement dans l'alimentation des saumons, sans bain chimique ni manipulation stressante des poissons.
Le problème à 4 milliards
Les poux de mer coûtent chaque année environ 4 milliards de dollars à la filière aquacole mondiale, entre mortalité des poissons, ralentissement de leur croissance et frais de traitement. Les méthodes actuelles — bains thermiques, peroxyde d'hydrogène, brossage mécanique — sont éprouvantes pour les animaux et de plus en plus scrutées par les régulateurs en Norvège, au Chili et au Canada pour leur impact environnemental. AquaNab propose une alternative qui ne nécessite ni extraction du poisson ni traitement séparé.

Les nanoanticorps d'AquaNab sont dérivés du sang d'alpaga et administrés directement dans l'alimentation des saumons.
Comment ça fonctionne
Les nanoanticorps sont de minuscules fragments protéiques dérivés du sang d'alpaga. Administrés via le péllet alimentaire, ils traversent la barrière intestinale du saumon, pénètrent dans le sang et neutralisent le parasite de l'intérieur. Aucun rejet toxique dans l'environnement, aucun stress supplémentaire pour le poisson. Le directeur scientifique, Alejandro Rojas, fait partie des premiers chercheurs à avoir développé des nanoanticorps neutralisants contre le SARS-CoV-2. La PDG, Ruth Tamara Montero, est ichtyoimmunologiste et ancienne du Friedrich-Loeffler-Institut en Allemagne.
Autre atout : les nanoanticorps peuvent être produits en masse dans des bactéries ou des levures, ce qui rend la fabrication scalable et potentiellement moins coûteuse que les traitements chimiques classiques. L'entreprise envisage d'élargir la plateforme à d'autres maladies bactériennes, virales et parasitaires chez différentes espèces de poissons.
Où en est-on vraiment ?
La technologie reste au stade de la preuve de concept. AquaNab n'a pas encore publié de résultats d'essais en conditions réelles, ni divulgué le montant exact de l'investissement. Des essais d'efficacité en eau de mer sont prévus dans les prochaines semaines, selon Responsible Seafood Advocate. Le chemin vers une mise sur le marché est encore long : en France, l'ANSES supervise l'homologation des médicaments vétérinaires biologiques, et aucun nanoanticorps n'a encore établi de précédent dans cette catégorie, comme le souligne The Next Web.
La France produit peu de saumon atlantique — l'élevage hexagonal se concentre davantage sur le bar et la daurade en Méditerranée et en Atlantique. Mais si la plateforme d'AquaNab s'avère adaptable à d'autres espèces, elle pourrait trouver un débouché dans la filière française à moyen terme. Pour l'instant, tout reste conditionné aux résultats des essais terrain.