SpaceX veut bloquer le satellite Viasat-3 F2 : une guerre des fréquences à la FCC

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 12:55
Viasat-3 F2, satellite à très haut débit couvrant la zone EMEA, attend toujours l'autorisation de la FCC pour entrer en service commercial. Viasat-3 F2, satellite à très haut débit couvrant la zone EMEA, attend toujours l'autorisation de la FCC pour entrer en service commercial.. Source: Source : Viasat

SpaceX a officiellement demandé à la Commission fédérale des communications américaine (FCC) de bloquer l'autorisation du satellite Viasat-3 F2, lancé en novembre 2025. L'entreprise d'Elon Musk cite un risque concret d'interférences sur la bande Ka — le spectre radio sur lequel repose la quasi-totalité du haut débit satellite moderne. Pour les utilisateurs, c'est un avant-goût des batailles réglementaires qui vont rythmer l'ère de l'internet spatial.

Cinq ans sans accord

Dans une pétition de 25 pages, SpaceX affirme que Viasat n'a jamais cherché sérieusement à coordonner l'usage des fréquences Ka entre leurs réseaux respectifs. Le vice-président de SpaceX pour la politique satellitaire, David Goldman, est explicite : malgré un délai de plus de cinq ans prévu par les conditions de licence, Viasat opère sur la bande Ka pour les orbites non géostationnaires (NGSO) « sans faire aucun effort significatif de coordination ». Viasat-3 F2 est conçu pour dépasser 1 Tbps de capacité — un concurrent direct à Starlink sur les mêmes fréquences.

Viasat-3 F2, satellite à très haut débit couvrant la zone EMEA, attend toujours l'autorisation de la FCC pour entrer en service commercial.
Viasat-3 F2, satellite à très haut débit couvrant la zone EMEA, attend toujours l'autorisation de la FCC pour entrer en service commercial.

Ce que cela change en Europe

Viasat-3 F2 couvre la zone EMEA, France comprise. Un blocage par la FCC retarderait son entrée en service commerciale et priverait le marché européen d'un opérateur GEO (géostationnaire) supplémentaire face à Starlink. Le contexte est plus large : la Commission européenne avait approuvé la fusion Viasat-Inmarsat en 2023 en tablant sur la concurrence de Starlink et OneWeb comme garde-fou — selon SpaceNews. Si la FCC continue de favoriser les constellations LEO comme Starlink au détriment des satellites GEO, cette hypothèse concurrentielle s'effrite.

Le 9 janvier 2026, la FCC a accordé à SpaceX une dérogation temporaire sur les limites de puissance (EPFD — flux de puissance équivalent), permettant à ses satellites Gen2 d'émettre plus fort vers le sol. Viasat a qualifié ces calculs de « mauvaise science », selon SatNews. La procédure ITU reste le seul cadre commun entre la FCC et les régulateurs européens comme l'ARCEP — comme le précise l'ordre FCC DA 26-36 — mais aucune coordination franco-américaine spécifique sur l'EPFD n'est documentée à ce stade.

Un précédent à surveiller

Ce n'est pas la première fois que SpaceX et Viasat s'affrontent par voie réglementaire : Viasat avait tenté de bloquer le déploiement de Starlink en justice, invoquant des risques environnementaux liés à la pollution orbitale. Les rôles sont désormais inversés. Pour des acteurs comme Eutelsat, dont le modèle repose sur les satellites géostationnaires, la tendance de la FCC à favoriser les constellations LEO constitue un signal préoccupant. Le spectre Ka n'est pas extensible — et chaque mégahertz accordé à l'un se fait au détriment des autres.