L'ESA mise 544 millions d'euros sur trois startups qui n'ont jamais atteint l'orbite

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 13:41
La fusée Miura 5 de PLD Space est conçue pour un lancement depuis le Centre spatial guyanais de Kourou. La fusée Miura 5 de PLD Space est conçue pour un lancement depuis le Centre spatial guyanais de Kourou.. Source: Source : IA

L'Agence spatiale européenne a signé le 27 août trois contrats totalisant 543,6 millions d'euros dans le cadre de son programme European Launcher Challenge. Isar Aerospace, PLD Space et Rocket Factory Augsburg (RFA) se partagent cette enveloppe. Aucune des trois n'a encore placé le moindre satellite en orbite — mais l'Europe n'a guère le choix après les difficultés d'Ariane 6 et la rupture avec les fusées russes Soyouz.

L'enjeu pour Kourou

Pour la France, l'angle le plus concret est celui de PLD Space, la startup espagnole qui a décroché 158,9 millions d'euros. La société prépare le lancement inaugural de sa fusée Miura 5 depuis le Centre spatial guyanais (CSG) de Kourou, sur l'ancien site Diamant. L'ESA finance la construction du pas de tir et les essais du lanceur.

PLD visait initialement le premier trimestre 2026 pour son premier vol. Ce calendrier a glissé vers un vague « courant 2026 », selon Spaceflight Now (March 2026). L'infrastructure au sol avance, mais l'état de préparation de la fusée reste flou. La startup a néanmoins levé 180 millions d'euros en Serie C — avec Mitsubishi Electric, le ministère espagnol des Sciences et COFIDES — portant le total levé à plus de 350 millions d'euros. Le CNES avait déjà soutenu PLD via le programme ESA de préparation aux futurs lanceurs (FLPP).

La fusée Miura 5 de PLD Space est conçue pour un lancement depuis le Centre spatial guyanais de Kourou.
La fusée Miura 5 de PLD Space est conçue pour un lancement depuis le Centre spatial guyanais de Kourou.

Les deux autres contractants

La part la plus importante revient à l'allemande Isar Aerospace : 197,8 millions d'euros. Son unique tentative de lancement orbital, en mars 2025, s'est soldée par la perte de la fusée Spectrum trente secondes après le décollage depuis le port spatial d'Andøya en Norvège — une défaillance de valve et de contrôle d'attitude confirmée par SpaceNews (September 2025). Un second essai est prévu, mais reporté depuis janvier sans nouvelle date ferme.

RFA empoche 186,9 millions d'euros pour son lanceur RFA ONE, qui devait décoller des îles Shetland en Écosse en juillet 2026. Un problème sur les réservoirs a retardé le tir à une date indéterminée.

Les trois startups retenues par l'ESA disposent toutes d'un calendrier serré pour atteindre l'orbite avant fin 2027.
Les trois startups retenues par l'ESA disposent toutes d'un calendrier serré pour atteindre l'orbite avant fin 2027.

Une deadline 2027 sans filet

Cinq candidats s'étaient présentés au départ. La franco-britannique Orbex a cessé toute activité en février 2026, faute de financement. MaiaSpace attend encore la finalisation de son contrat. Les trois retenus doivent, eux, réussir un lancement orbital avant fin 2027 sous peine de perdre leur financement — l'ESA a été claire : atteindre l'orbite n'est pas garanti, c'est précisément ce qu'il faut prouver.

Pour Kourou, l'enjeu dépasse le seul succès de PLD Space : un premier vol réussi depuis la Guyane renforcerait la position du CSG comme port spatial de référence en Europe à l'heure où Ariane 6 cherche encore son rythme de croisière.