Accord Anthropic : des auteurs peinent à toucher leur part des 1,5 milliard de dollars
Le règlement historique d'Anthropic — 1,5 milliard de dollars pour avoir entraîné ses modèles d'IA sur des livres protégés — entre dans une phase de distribution chaotique. Des auteurs découvrent que leurs éditeurs ou agents littéraires réclament une part des indemnités, parfois sans en avoir le droit. Les premiers versements, attendus entre le 1er et le 15 novembre 2026, risquent d'être largement retardés pour les titres en litige.
Le règlement, en résumé
L'affaire remonte à 2025 : un tribunal américain a estimé qu'entraîner un modèle d'IA sur des œuvres acquises légalement pouvait relever du fair use — une doctrine propre au droit américain, sans équivalent dans le droit d'auteur français (CPI L111-1). En revanche, l'utilisation de copies piratées, issues de plateformes comme LibGen ou PiLiMi, a été jugée illicite. Anthropic a accepté de payer pour solder ce volet, évitant une exposition potentielle de plus de 70 milliards de dollars.
L'accord couvre près de 500 000 titres, à raison de 3 000 dollars par œuvre. Après déduction des frais d'administration, le versement net s'élève à environ 2 203,56 dollars par titre. La règle de partage est simple : si le livre est toujours publié par un éditeur traditionnel, la somme est divisée à parts égales entre l'auteur et l'éditeur. Si les droits sont revenus à l'auteur, celui-ci touche l'intégralité.
La pagaille de la distribution
C'est là que les problèmes commencent. Selon TechCrunch (Sept 6, 2026), des éditeurs réclament 100 % sur des titres dont les droits ont été restitués aux auteurs depuis des années. L'autrice April Henry a ainsi signalé que HarperCollins revendique un paiement pour un livre dont les droits lui sont revenus il y a plus de dix-sept ans.
Des agents littéraires déposent également des demandes — ce qui pose question, car ils ne sont pas titulaires des droits des œuvres qu'ils représentent. Victoria Strauss, de l'organisation Writers Beware, a reçu de nombreuses plaintes. Elle attribue ces erreurs davantage à des lacunes dans la gestion des registres de droits qu'à une volonté délibérée de frauder : plusieurs maisons d'édition auraient déjà reconnu leurs erreurs et demandé à Anthropic de les corriger.
Les auteurs peuvent contester la répartition, à condition que les droits leur soient revenus avant le 10 août 2022 — date butoir fixée par l'accord. Seuls les titres pour lesquels toutes les parties sont d'accord recevront un paiement en novembre ; les autres devront attendre, sans délai défini.
Pour les auteurs français concernés, le cadre juridique local — fondé sur le droit moral et une protection des œuvres différente de celle des États-Unis — ne leur offre aucun recours supplémentaire dans ce dossier américain. Le règlement s'applique bien à l'échelle mondiale, mais il reste entièrement régi par la législation américaine, comme le rappelle l'Irish Times (July 26, 2026).