Mantis Biotech : des jumeaux numériques pour tester les humains sans (trop) de casse

Par: Michael Korgs | Mise à jour aujourd'hui, 17:49
Modélisation numérique d'un corps humain pour analyse biomécanique Modélisation numérique d'un corps humain pour analyse biomécanique. Source: AI

Les grands modèles de langage (LLM) sont d’excellents secrétaires, mais ils s’avèrent être de piètres médecins dès que l’on sort des sentiers battus. Si ces outils peuvent accélérer la recherche génomique ou trier de la documentation clinique, ils butent systématiquement sur un obstacle de taille : le manque de données pour les maladies rares et les cas atypiques. C’est ici qu’intervient Mantis Biotech, une startup basée à New York, qui propose de combler ce vide avec des « jumeaux numériques » dopés à la physique.

L'IA au service de la simulation physique

L’idée de Georgia Witchel, fondatrice et CEO de l'entreprise, n'est pas simplement de gaver une IA de textes médicaux. La plateforme de Mantis Biotech agrège des sources disparates — manuels d’anatomie, captures de mouvement, capteurs biométriques et imagerie médicale — pour créer des modèles prédictifs de l’anatomie et de la physiologie humaine. Le secret réside dans l'intégration d'un moteur physique. Contrairement à une IA classique qui pourrait inventer des mouvements physiologiquement impossibles, le système de Mantis valide ses données par les lois de la physique.

Cette approche permet de générer des données synthétiques fiables là où la réalité fait défaut. Par exemple, si vous devez entraîner un algorithme à reconnaître les mouvements d'une main à laquelle il manque un doigt, vous ne trouverez probablement pas de base de données publique pour cela. Avec Mantis, il suffit de modifier le modèle physique et de régénérer les données. C'est propre, efficace et cela évite les problèmes éthiques liés à l'utilisation de données privées de patients réels.

Je veux que les gens aient le même état d'esprit avec nos jumeaux numériques qu'un enfant de trois ans qui attrape une Barbie par la jambe et la frappe contre une table.
— Georgia Witchel, CEO de Mantis Biotech

Du terrain de basket aux essais cliniques

Pour l'instant, c'est dans le sport de haut niveau que la technologie fait ses preuves. Mantis travaille déjà avec une équipe de la NBA pour modéliser les performances de ses athlètes. Le système analyse comment un joueur saute, comment sa fatigue évolue en fonction de son sommeil ou de sa charge d'entraînement, et peut même prédire le risque d'une rupture du tendon d'Achille avant que le drame ne survienne.

Mais l'ambition dépasse largement les parquets de basket. La startup cible désormais les laboratoires pharmaceutiques et les chercheurs travaillant sur des essais pour la FDA. L'objectif est d'utiliser ces humains virtuels pour simuler les réactions aux traitements, offrant ainsi un bac à sable sécurisé pour la médecine expérimentale.

Un tour de table de 7.4 millions de dollars

Cette vision a convaincu les investisseurs. Mantis Biotech vient de boucler une levée de fonds en amorçage (Seed) de 7.4 millions de dollars (environ 6 800 000 €). Le tour de table a été mené par Decibel VC, avec la participation du célèbre accélérateur Y Combinator et de Liquid 2. Ces fonds serviront principalement au recrutement et au développement commercial.

À terme, Mantis souhaite ouvrir sa plateforme au grand public pour favoriser la médecine préventive. Une évolution logique : après avoir optimisé les stars de la NBA, pourquoi ne pas essayer de garder le commun des mortels en un seul morceau ?

Pendant que Mantis modélise le corps humain, d'autres investissent massivement dans l'infrastructure brute nécessaire à ces calculs complexes. C'est notamment le cas en Europe, où Mistral AI s'offre une forteresse de calcul à 830 millions de dollars près de Paris pour soutenir ses propres ambitions technologiques.