Satoshi Nakamoto : Le New York Times pense avoir trouvé le coupable (et c’est Adam Back)
Depuis le lancement du Bitcoin en 2009, l’identité de son créateur, Satoshi Nakamoto, est restée l’un des mystères les plus persistants et les plus fascinants du Web. Après des années de théories plus ou moins bancales, le prestigieux The New York Times vient de jeter un pavé dans la mare. John Carreyrou (John Carreyrou), le journaliste d’investigation célèbre pour avoir fait tomber l’empire Theranos dans son livre « Bad Blood », affirme avoir enfin mis un nom sur le visage du père de la cryptomonnaie : Adam Back (Adam Back).
L’enquête de Carreyrou n’est pas née d’une révélation mystique, mais d’un certain scepticisme. En visionnant le documentaire de HBO « Money Electric: The Bitcoin Mystery » sorti en 2024, qui désignait le développeur canadien Peter Todd (Peter Todd) comme étant Satoshi, le journaliste n’a pas été convaincu. Il a préféré se concentrer sur un moment précis où Adam Back, cryptographe britannique de 55 ans et figure de proue de l’écosystème, semblait particulièrement tendu face aux questions sur son identité. De là est née une traque de deux ans pour relier les points entre Back et le créateur anonyme.
L’IA au service de la stylométrie
Pour étayer sa thèse, Carreyrou a fait appel à l’équipe spécialisée en intelligence artificielle du journal. Ensemble, ils ont passé au crible les archives des listes de diffusion Cypherpunks, Cryptography et Hashcash entre 1992 et 2008. L’objectif : comparer le style d’écriture de milliers de suspects avec celui de Satoshi Nakamoto. Les chercheurs ont traqué des tics d’écriture très spécifiques, comme l’usage de deux espaces après un point, l’utilisation systématique du mot « also » en fin de phrase ou encore l’emploi de l’orthographe britannique.
Sur un échantillon initial de 34 000 suspects, le filtre de l’IA n’en a conservé que huit. Le test final a porté sur l’alternance entre certains termes techniques : l’usage fluctuant de « e-mail » et « email », « e-cash » et « electronic cash », ou encore le choix entre « cheque » et « check ». Selon Carreyrou, un seul candidat présentait exactement les mêmes incohérences stylistiques que Satoshi : Adam Back.
Un passé qui parle pour lui
Au-delà de la linguistique, les indices historiques ne manquent pas. Satoshi a cité Adam Back et son système Hashcash (un mécanisme de preuve de travail inventé par Back) dans le livre blanc original du Bitcoin. Si cette information est connue depuis longtemps, Carreyrou souligne que Back avait décrit un système de monnaie électronique étrangement similaire au Bitcoin dès la fin des années 90 sur les forums spécialisés. Plus troublant encore : alors qu’il était omniprésent dans les débats sur le cash électronique, Back a totalement ignoré le Bitcoin entre 2009 et 2011, ne réapparaissant qu’une fois Satoshi officiellement retiré de la circulation.
L’enjeu de cette révélation est colossal. Satoshi Nakamoto posséderait environ 1 million de Bitcoins, une fortune estimée aujourd’hui à plus de 60 000 000 000 USD (environ 55 milliards d’euros). Une telle concentration de richesse entre les mains d’un seul homme, s’il décidait de les vendre, pourrait déstabiliser l’ensemble du marché financier numérique.
Le déni poli du cryptographe
Malgré les preuves accumulées par le New York Times, l’intéressé reste sur ses positions. Dans une publication sur X, Adam Back a une nouvelle fois nié être Satoshi, qualifiant les similitudes de simples coïncidences dues à son implication précoce dans la recherche sur la confidentialité et le e-cash.
Je ne suis pas Satoshi, mais j’ai été très tôt focalisé sur les implications sociétales positives de la cryptographie et de la vie privée en ligne. Je pense qu’il est préférable pour le Bitcoin que l’identité de Satoshi reste inconnue, afin qu’il soit perçu comme une nouvelle classe d’actifs, une marchandise numérique mathématiquement rare.
Pour Back, le mystère fait partie de la force du Bitcoin. En restant anonyme, le créateur évite de devenir un point de défaillance unique ou une cible pour les régulateurs. Que Back soit Satoshi ou non, cette enquête rappelle que dans le monde de la blockchain, le code est la seule vérité absolue, même si l'on aime bien, de temps en temps, essayer de démasquer celui qui l'a écrit.
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