Falcon Heavy de retour après 18 mois : SpaceX lance le satellite ViaSat-3 F3
SpaceX s'apprête à lancer sa fusée Falcon Heavy le 27 avril depuis le Centre spatial Kennedy en Floride, avec une fenêtre de tir ouvrant à 16h21 heure de Paris. Ce sera le 12e vol de l'engin et le premier depuis dix-huit mois — la dernière mission remontait à octobre 2024, avec la sonde Europa Clipper de la NASA à son bord. En jeu : la mise en orbite géostationnaire du satellite de télécommunications ViaSat-3 F3, dernier maillon d'une constellation mondiale à trois satellites.
Le satellite et la mission
ViaSat-3 F3 pèse environ 6,6 tonnes et vise une orbite à 35 786 kilomètres d'altitude. Sa couverture cible la région Asie-Pacifique, avec une capacité annoncée d'1 Tbps (térabit par seconde) de débit, destinée aux usages aéronautiques, maritimes, gouvernementaux et de défense. Viasat prévoit une entrée en service à la fin de l'été 2026, selon son annonce officielle.
Côté technique, le Falcon Heavy est composé de trois propulseurs dérivés du Falcon 9 et développe environ 2 300 tonnes de poussée au décollage. Les deux propulseurs latéraux seront récupérés simultanément sur les zones d'atterrissage LZ-2 et LZ-40, tandis que le noyau central sera sacrifié pour atteindre l'orbite de transfert géostationnaire.
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La perte d'Arianespace, révélatrice d'une crise
Ce lancement était initialement prévu sur Ariane 6. En février 2023, Viasat a transféré le contrat vers SpaceX, faute de disponibilité suffisante du lanceur européen, comme le documente le NASASpaceflight technical deep-dive. Arianespace supportait alors un engorgement massif de sa liste d'attente, provoqué par le réacheminement de charges utiles russes après la suspension des vols Soyouz consécutive à l'invasion de l'Ukraine.
Cette perte illustre les difficultés persistantes du programme Ariane 6, dont les retards répétés fragilisent la crédibilité du secteur spatial européen face à des concurrents américains — SpaceX en tête — qui enchaînent les contrats de constellations commerciales.
La constellation ViaSat-3 a par ailleurs déjà connu un accroc sérieux : le satellite F1, lancé en 2023, souffre d'une anomalie de déploiement d'antenne et ne fonctionne qu'à moins de 10 % de sa capacité prévue, une mésaventure qui avait entraîné une réclamation d'assurance de 421 millions de dollars. La réussite du lancement de F3 est donc doublement attendue pour l'opérateur américain.
Ce qu'on attend
Si le lancement du 27 avril se déroule sans encombre, Viasat disposera enfin de sa constellation complète — Amériques, EMEA et Asie-Pacifique — et pourra commercialiser ses services haut débit pour les avions et navires dès l'automne prochain. Pour l'Europe, le signal est plus ambigu : un contrat de plus perdu au profit de SpaceX, et une Ariane 6 dont l'entrée en service opérationnelle reste encore à confirmer.