L'IA de NASA et IBM en orbite : des satellites qui analysent la Terre sans aide au sol

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 11:10
L'IA de NASA et IBM en orbite : des satellites qui analysent la Terre sans aide au sol

Un modèle d'intelligence artificielle open source développé par NASA et IBM vient de franchir une étape concrète : il tourne désormais directement en orbite, sans renvoyer les données brutes vers la Terre. Le modèle, baptisé Prithvi Geospatial, a été déployé à bord du satellite australien Kanyini et du module IMAGIN-e de Thales Alenia Space, installé sur la Station spatiale internationale. Ce dernier point n'est pas anodin : c'est une infrastructure française qui sert de banc d'essai à cette IA américaine.

Ce qu'est Prithvi

Prithvi est un modèle entraîné sur 13 ans d'images satellites issues des programmes Landsat (NASA) et Sentinel-2 (ESA, dont les données Copernicus alimentent aussi les politiques européennes). Sa version avancée, Prithvi-EO-2.0, compte 600 millions de paramètres — six fois plus que son prédécesseur — et affiche une amélioration de 8 % sur les benchmarks de référence en observation terrestre, selon IBM Research. Le modèle a été mis en accès libre sur la plateforme Hugging Face, ce qui a permis aux ingénieurs australiens de l'adapter rapidement sans repartir de zéro.

En orbite, Prithvi effectue des tâches précises : détecter des nuages, identifier des zones inondées, repérer des anomalies agricoles. L'intérêt est simple — les satellites génèrent des volumes de données que les liaisons sol ne peuvent pas absorber en totalité. Plutôt que de tout redescendre, l'IA traite l'image directement à bord et n'envoie que les résultats utiles.

Le rôle français et les enjeux européens

IMAGIN-e, lancé en mars 2024, est opérationnel depuis plus d'un an sur l'ISS avec un cadre de traitement embarqué développé par Thales et Microsoft. C'est sur cette infrastructure que Prithvi a été validée en conditions réelles. La France contribue donc à prouver le concept — mais le modèle reste une création américaine, entraîné en grande partie sur des données européennes (Sentinel-2) sans pilotage stratégique côté français.

La question de l'autonomie européenne en matière d'observation de la Terre se pose concrètement. IBM a utilisé Prithvi-EO-2.0 pour cartographier en quelques heures l'étendue des inondations catastrophiques de Valence en octobre 2024, en croisant données radar et optiques Sentinel 1 et 2 pour percer les nuages. Aucun équivalent institutionnel français — ni OVHcloud ni Mistral AI — n'est aujourd'hui positionné sur ce créneau de l'IA géospatiale embarquée.

La suite

NASA prépare d'autres modèles spécialisés : Surya, dédié à l'étude du Soleil, a été publié en 2025. Des modèles pour l'astrophysique et les sciences planétaires sont en développement. À terme, les chercheurs envisagent d'interroger les satellites en langage naturel pour obtenir des comptes rendus d'observation en temps réel. Le satellite comme simple caméra volante, c'est en train de devenir une vision dépassée.