La Corée du Sud remplace ses soldats par des robots Hyundai

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 13:20
La plateforme MobED, candidate au transport de matériel en zone militaire. Illustration : HMG La plateforme MobED, candidate au transport de matériel en zone militaire. Illustration : HMG. Source: Source : Boston Dynamics

La Corée du Sud envisage de pallier la pénurie de recrues en déployant des robots autonomes au sein de ses forces armées. Le ministère de la Défense a confirmé à Bloomberg des discussions en cours avec Hyundai Motor, maison mère de Boston Dynamics depuis 2021. L'effectif militaire actif est passé d'environ 650 000 soldats en 2020 à 450 000 en 2025 — une hémorragie que la démographie seule ne peut pas enrayer.

La démographie, moteur de la robotisation

Le pays ne manque pas de volonté militaire, mais de bras. Le taux de natalité sud-coréen est le plus bas au monde, et les classes d'âge mobilisables rétrécissent d'année en année. Seoul veut constituer ce qu'il appelle des « forces armées à base scientifique » : moins de personnel humain, plus de systèmes automatisés pour les tâches non combattantes — surveillance, reconnaissance, logistique.

Les missions prioritaires sont claires. Le robot quadrupède Spot, de Boston Dynamics, est pressenti pour patrouiller les zones minées et les zones de surveillance côtière. La plateforme MobED — un châssis à quatre roues capable de maintenir sa plateforme horizontale même sur terrain accidenté ou dans les escaliers — serait utilisée pour acheminer des équipements sensibles directement sur les positions. L'exosquelette X-ble Shoulder de Hyundai, capable de supporter jusqu'à 40 kg, est quant à lui destiné à réduire les blessures lors des opérations de ravitaillement.

La plateforme MobED, candidate au transport de matériel en zone militaire. Illustration : HMG
La plateforme MobED, candidate au transport de matériel en zone militaire. Illustration : HMG

Selon SCMP, Séoul prévoit de réduire sa présence humaine à la DMZ de 22 000 à 6 000 soldats d'ici 2040, en confiant la surveillance à l'IA. Le ministère de la Défense évoque la signature prochaine d'un mémorandum d'entente avec Hyundai, sans préciser les volumes ni les délais d'approvisionnement.

Ce que ça change pour l'Europe

Boston Dynamics a formellement promis en octobre 2022 de ne pas armer ses robots. Mais l'accord sud-coréen concerne des usages « non armés » — reconnaissance, inspection à distance, matières dangereuses — que la société autorise explicitement. Cette nuance va alimenter le débat sur l'encadrement des systèmes d'IA à usage militaire, notamment en Europe où le règlement IA (AI Act) classe ce type de déploiement parmi les applications à « haut risque ».

En France, aucun acteur industriel ne dispose d'un équivalent direct à Boston Dynamics. OVHcloud et Mistral sont les champions nationaux de l'IA, mais la robotique de défense reste un angle mort. Si Hyundai structure des canaux d'exportation pour ses systèmes militaires, les armées européennes pourraient se retrouver en position d'acheteurs face à un fournisseur asiatique dominant — un scénario que Paris surveille de près, notamment sous l'angle de la souveraineté des données collectées par ces capteurs embarqués.

Spot et MobED restent disponibles en France uniquement via les réseaux B2B de Hyundai, pour de grands contrats institutionnels. Aucune de ces plateformes n'est référencée chez Fnac, Boulanger ou Amazon.fr pour le grand public.