Ford Energy : le géant automobile s'attaque au marché des batteries industrielles

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 15:47
Le système Ford Energy FE-450 : un conteneur de 20 pieds renfermant 5,45 MWh de capacité en cellules LFP. Le système Ford Energy FE-450 : un conteneur de 20 pieds renfermant 5,45 MWh de capacité en cellules LFP.. Source: Source : Ford Energy

Ford vient d'officialiser Ford Energy, une nouvelle filiale dédiée au stockage industriel d'énergie. L'entreprise investit 2 milliards de dollars sur deux ans pour transformer ses usines de batteries électriques inutilisées en une gigafactory au Kentucky. Les premières livraisons sont prévues pour fin 2027, avec une capacité annuelle cible de 20 GWh.

Le produit

Le système phare est un bloc DC logé dans un conteneur standard de 20 pieds, avec une capacité de 5,45 MWh. Il se décline en deux versions : FE-250 (2 heures de décharge) et FE-450 (4 heures). Les cellules LFP (lithium-fer-phosphate) prismatiques de 512 Ah ont été choisies pour leur coût inférieur aux alternatives au nickel, leur durée de vie plus longue et leur meilleure stabilité thermique. Ford annonce une durée de performance de 20 ans et une plage de température opérationnelle de -35 °C à +55 °C. L'ensemble pèse 43,5 tonnes et affiche une protection IP55 — conçu pour résister à la pluie, à la poussière et à l'air marin.

La production des cellules se fera entièrement aux États-Unis, ce qui permet à Ford de bénéficier des crédits fiscaux liés au contenu domestique américain et d'éviter toute dépendance directe aux fournisseurs chinois.

La réalité du marché

Ford entre sur un segment déjà bien occupé. Tesla a déployé 46,7 GWh de stockage en 2025 et son Megapack 3 devrait atteindre la production en volume dès fin 2026, selon Electrek. Ford cible 20 GWh annuels — soit moins de la moitié du rythme actuel de Tesla.

Côté chinois, la concurrence est déjà redoutable. Le CATL Tener affiche 6,25 MWh par unité (contre 5,45 MWh pour Ford), et le BYD HaoHan monte jusqu'à 14,5 MWh, selon Electrek. Ces acteurs sont déjà déployés à l'échelle mondiale et pourraient être sourcés directement par les opérateurs français.

En France, la demande en stockage d'énergie est portée par l'essor des centres de données liés à l'IA et par la nécessité de lisser l'intermittence des énergies renouvelables. Mais Ford n'a annoncé aucun contrat français, aucun partenaire distributeur, et aucun calendrier réglementaire pour le marché européen. Le prix de ses systèmes reste également inconnu à ce stade.

À surveiller

Ford Energy représente un pari logique — reconvertir des actifs industriels dormants en produits à forte demande — mais l'exécution reste entière. Les utilities françaises et les opérateurs de réseaux auront d'autres options bien installées d'ici 2027. La fenêtre existe, mais elle se referme vite.