Comment des bureaucrates russes ont accidentellement créé SpaceX

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 09:23
Starship V3 lors de l'essai de remplissage complet (Wet Dress Rehearsal) en mai 2026, avant le vol 12. Starship V3 lors de l'essai de remplissage complet (Wet Dress Rehearsal) en mai 2026, avant le vol 12.. Source: Source : IA

SpaceX n'est pas né d'un grand plan de conquête spatiale, mais d'un projet philanthropique modeste : poser une serre sur Mars pour environ 100 millions de dollars. Elon Musk pensait qu'une photo de plante verte sur sol rouge suffirait à relancer l'intérêt du public et à pousser le gouvernement américain à augmenter le budget de la NASA. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que personne ne voudrait lui vendre de fusée à un prix raisonnable.

Le fiasco moscovite

Musk s'est rendu deux fois en Russie — en octobre 2001 puis en février 2002 — pour négocier l'achat de missiles balistiques intercontinentaux reconvertis auprès d'ISC Kosmotras. Lors du premier voyage, on lui propose 8 millions de dollars par missile. Lors du second, le prix grimpe à 21 millions par lanceur. Les négociateurs russes auraient raillé ce jeune milliardaire américain venu acheter leurs reliques de Guerre froide, selon Inverse. Vexé et convaincu qu'il pouvait faire mieux, Musk rentre aux États-Unis avec une idée nouvelle : construire ses propres fusées.

SpaceX est fondée en 2002, directement issue de cet échec. La logique est simple : si le marché des lancements spatiaux est fermé, opaque et dominé par des acteurs qui n'innovent pas, il faut en créer un nouveau. Ce que les programmes de colonisation de Mars par SpaceX décrivent comme une réaction aux obstacles réglementaires est, en réalité, une leçon d'économie de marché brutale.

Ce que ça change pour l'Europe

La France n'était pas absente de cette histoire : Arianespace figurait parmi les prestataires consultés par Musk dès 2001, jugée trop chère. Aujourd'hui, Arianespace et le CNES font face à une pression bien plus grande. Starship V3, la nouvelle génération de lanceur de SpaceX, a achevé son deuxième Wet Dress Rehearsal (essai de remplissage complet des deux étages) en mai 2026, se préparant pour le vol 12. Les moteurs Raptor 3 embarqués développent 250 tonnes-force au niveau de la mer — une puissance sans équivalent en Europe, selon Basenor.

Starship V3 lors de l'essai de remplissage complet (Wet Dress Rehearsal) en mai 2026, avant le vol 12.
Starship V3 lors de l'essai de remplissage complet (Wet Dress Rehearsal) en mai 2026, avant le vol 12.

Le coût d'un lancement SpaceX tourne aujourd'hui entre 15 et 60 millions de dollars, contre plus de 200 millions pour les alternatives institutionnelles américaines des années 2010. Ariane 6 reste compétitive sur certains créneaux, mais la cadence et la réutilisabilité de Starship posent une question de fond : l'Europe peut-elle rester autonome dans l'accès à l'espace sans investissement massif dans les lanceurs réutilisables ?

La leçon reste d'actualité

L'histoire de Mars Oasis illustre un mécanisme simple : quand un marché se ferme sur lui-même, il finit par être contourné. En 2002, ce sont des bureaucrates russes qui ont refusé d'innover. En 2026, c'est l'industrie spatiale européenne qui doit décider si elle veut subir la même leçon ou l'anticiper. Pendant ce temps, Musk prépare non plus une serre, mais une ville entière sur Mars.