Micron franchit le cap du billion de dollars : pourquoi la mémoire IA devient une ressource rare
Micron Technology a rejoint le club très fermé des entreprises valorisées à plus de 1 000 milliards de dollars le 26 mai 2026, après une hausse de 19 % en une seule séance boursière. La société américaine contrôle environ 21 % du marché mondial de la mémoire à haute bande passante (HBM), celle-là même qui alimente les processeurs graphiques utilisés pour entraîner les modèles d'intelligence artificielle. Pour les entreprises et les particuliers qui dépendent du cloud ou de services IA, cette concentration du marché aura des conséquences directes sur les prix.
L'étincelle : UBS et la fin du cycle classique
Le bond en Bourse a été déclenché par un rapport de UBS, dont l'analyste Timothy Arcuri a relevé son objectif de cours de 535 à 1 625 dollars — la cible la plus haute de Wall Street, impliquant une valorisation potentielle de 1 800 milliards de dollars. UBS estime que la mémoire n'est plus un composant cyclique soumis aux aléas de l'offre et de la demande : elle devient une infrastructure contractualisée, comme le pétrole ou les réseaux électriques. Micron ne vend plus sur le marché spot ; il signe des accords pluriannuels avec ses clients, ce qui sécurise ses revenus et justifie des multiples de valorisation proches des valeurs de croissance.

Une pénurie qui dure — et ses effets en France
La capacité HBM de Micron est déjà vendue jusqu'à fin 2026. Son PDG a reconnu ne pouvoir satisfaire que 50 à 65 % de la demande à moyen terme. Selon Tom's Hardware, Samsung et SK Hynix, les deux autres géants du secteur, avertissent que la pénurie restera significative jusqu'en 2027, voire au-delà. Les estimations divergent : Counterpoint Research table sur un retour à l'équilibre au quatrième trimestre 2027, tandis que le PDG d'Intel évoque plutôt 2028, selon SoftwareSeni.
En France, cela se traduit concrètement par des coûts d'infrastructure en hausse pour les acteurs du cloud comme OVHcloud, mais aussi pour les startups d'IA qui achètent ou louent de la capacité de calcul. Les prix de la DRAM ont déjà progressé de 80 à 90 % depuis le début de l'année. Aucune usine Micron n'est prévue en Europe : les nouvelles capacités de production s'ouvriront à Singapour et à Taïwan à partir de 2027, ce qui ne soulagera pas le marché européen avant 2028 au plus tôt.
Un oligopole sous surveillance
Trois entreprises — Micron, Samsung et SK Hynix — détiennent plus de 90 % du marché HBM mondial. Cette concentration, dans un contexte de demande IA explosive, donne à ce trio un pouvoir de fixation des prix inédit. Le débat sur l'autonomie numérique européenne, déjà animé par le règlement européen sur les semi-conducteurs (Chips Act), prend une dimension nouvelle : l'Europe ne fabrique pas la mémoire dont ses propres champions de l'IA ont besoin.