Alibaba obtient un sursis face à l'interdiction de lobbying du Pentagone
Un tribunal fédéral américain vient de suspendre une mesure qui avait privé Alibaba de toute représentation politique à Washington. La juge Euumi K. Lee a accordé un sursis temporaire à la société chinoise le 5 juillet 2026, lui donnant au maximum 60 jours pour défendre sa position devant la justice. Pour une entreprise dont les activités cloud s'étendent jusqu'en Europe, l'enjeu dépasse largement les frontières américaines.
La liste noire du Pentagone
Alibaba figure depuis juin 2026 sur la liste 1260H, que le Pentagone tient à jour pour recenser les entreprises considérées comme des « sociétés militaires chinoises ». Cette liste est passée d'environ 130 à 188 entités lors de la mise à jour du 8 juin — y ajoutant Alibaba, Baidu, BYD et WuXi AppTec. Elle ne constitue pas une sanction directe comme les listes OFAC, mais ses effets sont redoutables : en vertu de la Section 851 de la loi de finances de la défense américaine (NDAA 2025), le Pentagone ne peut plus contracter avec des sociétés qui emploient des lobbyistes représentant des entités inscrites sur cette liste.
Résultat : les cabinets de lobbying ont dû choisir entre leurs contrats avec le Pentagone et leur mandat pour Alibaba. Selon TheNextWeb, trois grands cabinets — Brownstein Hyatt, Mercury et MO Strategies — ont mis fin à leur collaboration avec la société après le 8 juin. Au total, Alibaba affirme avoir perdu plus d'une vingtaine de lobbyistes enregistrés, se retrouvant dans une sorte de « quarantaine politique » : plus de représentation, plus d'accès aux discussions législatives qui affectent ses intérêts.
Un vide que l'Europe ne comble pas
La décision de la juge Lee, rapportée par Bloomberg, suspend l'application de cette règle le temps que le tribunal examine les arguments sur le fond — notamment un possible conflit avec le Premier Amendement américain sur la liberté d'expression. Le ministère de la Défense a lui-même accepté cette suspension, reconnaissant que la cour avait besoin de temps pour analyser les enjeux.
En France, aucun mécanisme comparable à la Section 851 n'existe. Alibaba Cloud peut donc librement recruter des lobbyistes pour influencer les débats réglementaires auprès des autorités françaises — CNIL, ARCEP, ou dans le cadre des appels d'offres publics. Alors que l'AI Act européen ne déploie ses obligations complètes qu'à partir de 2027, selon MRKT3.0, la fenêtre reste ouverte pour négocier des positionnements favorables sur le marché français.
La suite
Le verdict final sur la légalité de la règle de lobbying n'est pas encore attendu. Alibaba continue de contester son inscription sur la liste 1260H, affirmant n'avoir aucun lien avec les structures militaires chinoises. Si la juge donne raison à la société sur le fond, d'autres entreprises inscrites sur la même liste pourraient s'engouffrer dans la brèche pour récupérer leur accès politique à Washington — et renforcer parallèlement leur présence en Europe.