4K depuis la Lune : comment la NASA et Amazon ont remplacé la radio par le laser

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 14:40
Le vaisseau Orion avec le système de communication optique Orion Artemis II (O2O). Illustration : NASA Le vaisseau Orion avec le système de communication optique Orion Artemis II (O2O). Illustration : NASA. Source: Source : NASA

Pendant qu'on se plaint d'une connexion Wi-Fi capricieuse, la NASA a diffusé de la vidéo en ultra-haute définition depuis 400 000 kilomètres. Lors de la mission Artemis II, l'agence spatiale américaine a transmis pour la première fois de l'histoire une vidéo 4K depuis l'orbite lunaire jusqu'à la Terre, en utilisant des lasers à la place des ondes radio. Vingt-cinq millions de personnes ont suivi l'événement en direct sur NASA+, YouTube et Prime Video.

La radio, c'est fini ?

Les liaisons radio ont servi l'exploration spatiale depuis les débuts, mais elles atteignent leurs limites. Transmettre de grandes quantités de données scientifiques ou de la vidéo en haute définition peut prendre des semaines avec les systèmes conventionnels. Les communications optiques par laser règlent ce problème : elles codent l'information dans des faisceaux lumineux et permettent un débit jusqu'à cent fois supérieur aux radiofréquences.

La NASA a déployé pour cela le terminal Orion Artemis II Optical Communications System (O2O), vingt ans de recherche concrétisés dans un boîtier de la taille d'un chat, monté sur un bras motorisé à deux axes. Le débit de pointe atteint 260 Mbps — largement suffisant pour la vidéo et la télémétrie simultanées. En pratique, le débit nominal tourne autour de 80 Mbps ; la 4K complète est rapatriée après l'amerrissage sur des cartes CompactFlash, pas en temps réel.

Le vaisseau Orion avec le système de communication optique Orion Artemis II (O2O). Illustration : NASA
Le vaisseau Orion avec le système de communication optique Orion Artemis II (O2O). Illustration : NASA

L'Australie au centre, l'Europe en marge

Le signal émis depuis le vaisseau Orion a été capté par deux stations au sol : l'observatoire de Mount Stromlo, en Australie, et le complexe de White Sands au Nouveau-Mexique. Aucune infrastructure européenne n'a été impliquée dans la chaîne de réception, alors que l'ESA dispose d'une station optique à Tenerife, active dans ce domaine depuis les tests LADEE en 2013.

C'est AWS qui a assuré la colonne vertébrale du traitement et de la distribution : l'encodage en direct via AWS Elemental MediaLive, puis la diffusion sur Prime Video — y compris en France — sans partenaire local dans la chaîne de valeur. La connexion entre la NASA, AWS et l'Australian National University a été montée en quelques semaines seulement, pour le coût d'un ordinateur portable selon Amazon. De 2 à 5 To de données ont été traités par fenêtre de lancement.

Ce que ça change pour la suite

La mission a transmis 484 Go au total. La radio S-band classique se limite à environ 7 Go par jour ; le laser autorise 36 Go par jour avec une heure de liaison quotidienne. L'écart parle de lui-même.

Artemis IV, prévue pour 2028 et premier alunissage humain depuis 1972, vise 250 millions de spectateurs. Les contrats d'infrastructure cloud et de bande passante pour cette mission se jouent dès maintenant. OVHcloud et les acteurs européens du spatial sont absents de la chaîne actuelle ; la fenêtre pour s'y positionner se referme vite. Pour les prochaines missions, le laser n'est plus une option expérimentale — c'est le standard.