PlayStation sans disque dès 2028 : un ex-dirigeant explique la logique comptable de Sony
Sony a officialisé la fin des jeux PlayStation sur disque pour toute nouvelle sortie à partir de janvier 2028. Shawn Layden, qui dirigeait les PlayStation Studios jusqu'en 2019, a livré son analyse à Eurogamer : c'est une décision de tableur, rien d'autre. Au dernier trimestre fiscal, 85 % des ventes de jeux PS4 et PS5 étaient numériques, contre 15 % en physique — un renversement total par rapport aux ~10 % de part numérique que Layden connaissait à ses débuts chez Sony.
La logique des chiffres
Layden ne soutient pas le choix, mais il le comprend parfaitement. « Si une entreprise abandonne un produit ou un service, c'est presque toujours parce que les chiffres le commandent », dit-il. La formule qu'il cite résume tout : si 80 % de l'audience génère 95 % des revenus, pourquoi maintenir une infrastructure physique coûteuse pour les 20 % restants ? Il ajoute que la condition qu'il posait lui-même pour passer au tout-numérique — un haut débit suffisamment répandu — semble désormais remplie pour la majorité des marchés. Sony continuera de produire des disques pour les jeux sortis avant janvier 2028, mais les nouvelles sorties seront exclusivement numériques.
Sur la théorie du complot anti-revente, Layden balaie l'argument : le marché de l'occasion s'est déjà effondré de lui-même. GameStop a fermé plus de 1 300 magasins ces dernières années, selon TechCrunch. Le jeu d'occasion n'est plus un enjeu suffisant pour justifier une telle décision.
Ce que ça change en pratique
Pour les joueurs en France, la transition sera progressive jusqu'en 2028. Fnac, Boulanger et Amazon.fr continueront de vendre des jeux physiques pour les titres existants. Mais après la bascule, les rayons jeux risquent de ressembler à ce qu'on voit déjà avec certains jeux comme GTA 6 : une boîte vendue en magasin contenant uniquement un code de téléchargement, sans disque. Ce modèle « boîte vide » satisfait les retailers mais déçoit les collectionneurs.
La question de la propriété reste entière. Acheter un jeu numérique, c'est acquérir une licence, pas un objet. Si Sony ferme un jour le PlayStation Store — comme elle l'a fait pour les PS3 et PS Vita — les bibliothèques numériques disparaissent avec. VGC rappelle que 27 % des PS5 vendues sont déjà des modèles sans lecteur, ce qui montre que le mouvement est bien engagé — mais que les 73 % restants n'ont pas encore fait le pas.
Faut-il s'inquiéter ?
Pas immédiatement. Deux ans et demi, c'est suffisant pour finir sa collection physique ou s'adapter. Mais on peut légitimement se demander si les zones rurales, encore mal couvertes en haut débit fiable, ne seront pas les grandes oubliées de cette transition — en France comme ailleurs.