Des serveurs en orbite : Sophia Space brevète des data centers refroidis par le vide spatial
La startup américaine Sophia Space et le California Institute of Technology (Caltech) ont obtenu le 14 juillet 2026 le brevet américain n° 12 679 564, couvrant une architecture de data center orbital modulaire. L'enjeu est concret : aux États-Unis, le département de l'Énergie prévoit que les centres de données consommeront 12 % de l'électricité nationale d'ici 2028, sous l'effet de la demande en intelligence artificielle. Mettre des serveurs en orbite pourrait alléger cette pression — sur le réseau électrique comme sur le climat.
La tuile qui refroidit dans le vide
Le cœur du projet s'appelle TILE (Thermal Integrated LEO Edge). Chaque module mesure 1 m × 1 m × 1 cm et embarque quatre serveurs d'entreprise. Un côté est recouvert de panneaux solaires orientés vers le Soleil ; l'autre, tourné vers l'espace profond, sert de radiateur passif. La chaleur produite par les processeurs est dissipée directement dans le vide par rayonnement, sans pompe ni circuit liquide. Les modules s'interconnectent uniquement par fibre optique, ce qui permet d'en ajouter autant que nécessaire, comme des briques.

Concept du système modulaire TILE. Illustration : Sophia Space
Cette approche trouve ses racines dans les recherches de Caltech sur la collecte d'énergie solaire en orbite — un programme doté de 100 millions de dollars. Elle est ici adaptée à un cas d'usage commercial précis : le calcul en périphérie (edge computing) pour les constellations de satellites, afin de traiter des données sans délai de retransmission vers le sol.
L'IA a besoin d'espace — et de froid
Leon Alkalai, fondateur de Sophia Space et ancien cadre technique du Jet Propulsion Laboratory de la NASA, résume le problème : sur Terre, le développement des réseaux de neurones bute sur les limites physiques des réseaux électriques et les normes environnementales. Dans l'espace, l'énergie solaire est quasi illimitée, et la physique du vide résout d'elle-même l'évacuation thermique, selon SpaceNews.

La startup a été fondée en juin 2023 et a levé environ 23,5 millions de dollars au total — dont un tour de table de 10 millions de dollars en juin 2026, avec la participation du fonds japonais KDDI Green Partners. Aucun investisseur européen n'est documenté à ce stade.
Ce que cela change — et ce que la France devrait surveiller
Un premier test en conditions réelles est prévu fin 2027 ou début 2028 sur la plateforme satellitaire Apex Nova. Si la démonstration est concluante, Sophia Space vise un lancement commercial en 2028 et une constellation de 4 à 6 appareils fonctionnant comme un supercalculateur orbital d'ici 2030.
OVHcloud et Mistral se positionnent comme champions français du cloud et de l'IA, mais aucun des deux n'investit dans l'infrastructure orbitale. Le brevet Caltech ne mentionne ni la CNIL ni l'ARCEP — ce qui soulève des questions de souveraineté des données traitées en dehors du territoire européen. Comme le note le rapport GAO d'avril 2026, plusieurs projets similaires sont en cours à l'échelle mondiale ; la France dispose d'une fenêtre pour contribuer à fixer des normes européennes avant le déploiement commercial de 2028.