Iridium contre SpaceX : un vieux rival bloque les ambitions gigabit de Starlink

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 13:46
La station au sol de Bastrop, au Texas, est au cœur du désaccord entre SpaceX et Iridium sur les calculs d'interférences. La station au sol de Bastrop, au Texas, est au cœur du désaccord entre SpaceX et Iridium sur les calculs d'interférences.. Source: Source : IA

SpaceX veut déployer sa prochaine génération de satellites Starlink dès 2026, capables d'offrir plus d'un térabit par seconde de capacité descendante — soit dix fois plus que l'actuelle génération. Mais un obstacle inattendu se dresse aux États-Unis : l'opérateur de satellites mobiles Iridium a formellement demandé à la FCC (l'autorité américaine des télécommunications) de bloquer 28 demandes d'autorisation de nouvelles stations au sol déposées par SpaceX. Un contentieux qui pourrait ralentir le déploiement du Starlink gigabit bien au-delà de l'Amérique.

Le bras de fer sur les fréquences

SpaceX exploite déjà plus de 100 stations relais aux États-Unis, équipées de plus de 1 500 antennes au total. Ces infrastructures terrestres sont indispensables : elles servent de pont entre les satellites en orbite et les réseaux au sol. Pour son passage au gigabit, l'entreprise en réclame davantage.

C'est là qu'Iridium intervient. Dans sa plainte auprès de la FCC, l'opérateur affirme que les nouvelles stations de SpaceX provoqueraient des interférences inacceptables sur les bandes 19,4–19,6 GHz et 29,1–29,3 GHz. Iridium reproche également à SpaceX de n'avoir jamais cherché à coordonner ses projets, ni fourni la moindre preuve que ses installations ne nuiraient pas aux opérations existantes.

La station au sol de Bastrop, au Texas, est au cœur du désaccord entre SpaceX et Iridium sur les calculs d'interférences.
La station au sol de Bastrop, au Texas, est au cœur du désaccord entre SpaceX et Iridium sur les calculs d'interférences.

Deux calculs, deux vérités

SpaceX conteste point par point. Son représentant Matthew Tuerk cite l'exemple d'une station à Bastrop, au Texas, située à plus de 1 400 km des installations Iridium en Arizona. Selon les ingénieurs de SpaceX, cette distance, combinée à l'atténuation naturelle des signaux dans l'atmosphère, suffit à écarter tout risque d'interférence.

Iridium rétorque que SpaceX applique les règles des satellites fixes, alors que les satellites Iridium relèvent du mobile — deux régimes réglementaires distincts, avec des seuils d'interférence différents. Un désaccord méthodologique que la FCC devra trancher, sans calendrier annoncé pour l'instant.

Ce que ça change en France

En France, Starlink est disponible depuis 2021, mais son déploiement a connu des résistances réglementaires, notamment de l'ARCEP et de la CNIL. L'issue de ce litige américain est pourtant à surveiller de près : selon des analyses récentes, les conflits d'interférences de type Iridium peuvent se reproduire pays par pays, faute d'harmonisation internationale.

La Commission européenne a proposé en mai 2026 un partage du spectre 2 GHz qui réduit déjà l'espace disponible pour Starlink en Europe. Si la FCC valide les objections d'Iridium aux États-Unis, cela pourrait créer un précédent appliqué par d'autres régulateurs — y compris l'ARCEP — lors des futures demandes d'autorisation de stations V3 selon SpaceX Gen-3.

Pour l'abonné français, l'enjeu est simple : les vitesses gigabit promises pour 2026 pourraient prendre du retard si le bras de fer réglementaire s'étend au-delà des frontières américaines.