Énergie du vide quantique : l'armée américaine finance une puce sans batterie

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 15:21
Prototype de la puce MicroSparc. Photo : Casimir Prototype de la puce MicroSparc. Photo : Casimir. Source: Photo : Casimir

La startup texane Casimir a obtenu un contrat de la Force spatiale américaine pour tester une puce capable, selon elle, de générer de l'électricité en continu à partir du vide quantique. La puce MicroSparc mesure 5 mm × 5 mm et délivre 1,5 V sous 25 microampères — soit environ 40 microwatts en continu. Si les affirmations de la société se vérifient, cela représenterait une alternative aux batteries pour les capteurs autonomes dans des zones isolées.

Le contrat et la technologie

SpaceWERX, l'antenne de soutien aux PME de la Force spatiale américaine, a accordé à Casimir un contrat STTR Phase I en août 2026. Ce type de contrat finance habituellement entre 75 000 et 180 000 dollars sur trois à douze mois. L'objectif : valider que MicroSparc peut fonctionner de façon autonome dans des environnements difficiles d'accès, sans recharge ni remplacement de batterie.

La technologie repose sur l'effet Casimir, un phénomène quantique mesuré expérimentalement pour la première fois en 1997. Entre deux surfaces conductrices séparées par quelques nanomètres, des fluctuations du vide quantique créent une force d'attraction. Casimir prétend canaliser ces fluctuations via des nano-piliers et le phénomène de tunnel quantique pour générer un flux d'électrons continu. Des millions de ces nano-cavités gravées sur une seule puce forment un circuit bouclé.

Prototype de la puce MicroSparc. Photo : Casimir
Prototype de la puce MicroSparc. Photo : Casimir

Une affirmation sans validation indépendante

Le cofondateur Harold G. White est l'ancien directeur du laboratoire NASA EagleWorks, connu pour ses expériences sur les moteurs exotiques (EM Drive, propulsion à distorsion). Son passé institutionnel donne de la visibilité à Casimir, mais attire aussi les comparaisons avec la physique de frange. La société a levé 12 millions de dollars lors d'un tour de table en mai 2026 et vise une commercialisation en 2028, ciblant l'électronique basse consommation : capteurs de pression de pneus, wearables, appareils embarqués.

Le point critique reste l'absence de validation scientifique indépendante. Plusieurs chercheurs ont refusé de commenter publiquement, et aucune publication avec comité de lecture ne confirme à ce jour un gain net d'énergie. White répond que l'effet Casimir lui-même est une réalité établie de la mécanique quantique — le débat porte uniquement sur la manière de l'exploiter en pratique.

Faut-il s'y intéresser ?

Pour le marché français, la disponibilité reste floue. Aucun distributeur ni partenaire français n'a été annoncé. La feuille de route 2028 repose entièrement sur des déclarations de la société, sans confirmation par un analyste tiers. Si la technologie passe l'étape militaire et les tests indépendants, les applications grand public — capteurs connectés, objets embarqués — pourraient intéresser les acteurs de l'IoT en France. D'ici là, la prudence reste de mise.