Des robots livreurs chassés de Sheffield : ce que ça dit du futur en France

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 15:33
Un robot livreur Starship dans les rues de Sheffield. Photo : JJ Eteson Un robot livreur Starship dans les rues de Sheffield. Photo : JJ Eteson. Source: Source : Uber Eats

Starship Technologies a mis fin à son pilote de livraison robotisée à Sheffield après seulement cinq mois, entre mars et août 2026, sous la pression d'un rejet public marqué. Les petits engins à six roues, censés livrer pizzas et burgers en toute autonomie, ont essuyé tags hostiles, drapeaux de signalisation tordus et cônes de chantier placés intentionnellement pour les bloquer. Un épisode qui, au-delà du Royaume-Uni, pose des questions concrètes sur la faisabilité de ces déploiements dans des villes comme Paris ou Lyon.

Ce qui s'est passé à Sheffield

Le quartier de Meersbrook a été le théâtre d'une fronde organisée contre les robots. Des riverains ont inscrit « off our street » (dégagez de notre rue) sur les carrosseries, collé du ruban adhésif sur les capteurs et utilisé des cônes de chantier pour bloquer les stations de recharge. Pendant ce temps, les mêmes appareils opèrent sans incident à Leeds et Londres, notamment via un partenariat avec Uber Eats lancé en décembre 2025.

Starship affirme que le retrait correspond à une « conclusion naturelle » du pilote, et non à une décision contrainte par le vandalisme. La société confirme sa conformité au RGPD et assure qu'aucune donnée n'est partagée avec Uber Eats. Mais comme le rapporte Retail Gazette, la coïncidence entre la montée des incidents et le retrait précipité reste difficile à ignorer.

Un robot livreur Starship dans les rues de Sheffield. Photo : JJ Eteson
Un robot livreur Starship dans les rues de Sheffield. Photo : JJ Eteson

Surveillance et emplois : les vraies craintes

Le fond du problème va au-delà du vandalisme. Adam Dolling, commerçant local, a qualifié de « sinistre » la présence de robots équipés de caméras dans les rues : « Ce sont des entreprises privées. Qui sait ce qu'elles font de ces données ? » Cette méfiance n'est pas propre à Sheffield.

En France, la CNIL exerce un contrôle plus strict que le simple cadre du RGPD sur les systèmes de collecte d'images dans l'espace public. Paris a déjà exprimé des réserves face aux robots circulant sur les trottoirs, pour des raisons de sécurité et de saturation des voies piétonnes. Selon Simfero, si des zones d'expérimentation existent, un déploiement à grande échelle sur la voie publique reste difficile à obtenir — exactement la dynamique observée à Sheffield : la réglementation autorise, la confiance publique, non.

Ce que ça change pour la suite

L'Union européenne ne dispose pas d'un cadre unifié pour les robots de livraison autonomes. Selon LMAD, 70 % des dirigeants du secteur citent la réglementation comme principal frein, mais Sheffield montre qu'il faut ajouter une quatrième variable : l'acceptation sociale. Starship exploite aujourd'hui plus de 2 700 robots dans une vingtaine de pays, avec 99 % d'autonomie revendiquée. La technologie fonctionne. C'est le contrat de confiance avec les habitants qui reste à construire — et en France, ce chantier s'annonce particulièrement exigeant.