Chine : les licences de robotaxis suspendues après la panne massive de Baidu

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 13:05
Chine : les licences de robotaxis suspendues après la panne massive de Baidu

Le 1er avril 2026, plus de 100 robotaxis Baidu Apollo Go se sont immobilisés simultanément dans les rues de Wuhan, bloquant la circulation et piégeant des passagers à bord. La cause : une anomalie du service cloud qui a coupé la communication entre les véhicules et la plateforme de dispatch centralisée. Le 29 avril, Pékin a suspendu la délivrance de toutes les nouvelles licences de conduite autonome, selon Bloomberg.

La panne

L'incident n'est pas dû à un bug logiciel isolé, mais à une défaillance de l'infrastructure cloud de Baidu. Sans connexion au serveur central, les véhicules ont perdu leur capacité de navigation et se sont arrêtés sur place. Le PDG de Baidu, Robin Li, a qualifié la situation d'« inacceptable » et ordonné un audit complet de l'infrastructure Apollo Go dans un délai de deux semaines. En Bourse, l'action Baidu a chuté de 6,2 % le jour de l'incident ; les concurrents Pony.ai et WeRide ont perdu respectivement 3,1 % et 2,8 %, comme le rapporte WebProNews.

Les conséquences réglementaires

Le ministère chinois de l'Industrie et des Technologies de l'Information (MIIT) a convoqué une réunion d'urgence avec les représentants des villes pilotes. La suspension interdit désormais d'ajouter de nouveaux véhicules aux flottes existantes, de lancer des projets dans de nouvelles villes, et oblige tous les opérateurs à réaliser un audit complet de leurs systèmes de sécurité. Durée de la suspension : indéterminée à ce stade.

La mesure s'inscrit dans un cadre plus large. La Chine prépare des normes de sécurité obligatoires pour les véhicules de niveaux 3 et 4, effectives au 1er juillet 2027, incluant l'enregistrement par boîte noire (DSSAD) et — point central — une capacité de repli autonome à bord : le véhicule doit pouvoir terminer son trajet ou rejoindre un parking seul, sans connexion cloud, selon electrive.

Ce que ça change

La Chine passe d'une logique d'encouragement à une logique de résilience obligatoire. C'est un tournant : jusqu'ici, les flottes autonomes reposaient presque entièrement sur une intelligence centralisée dans le cloud. Imposer une intelligence embarquée locale comme filet de sécurité représente un changement d'architecture majeur pour tout le secteur.

En Europe, l'AI Act selon Taylor Wessing classe déjà les systèmes d'IA embarqués dans les véhicules comme « à haut risque », mais aucun texte européen n'impose encore de capacité de repli local en cas de perte de connexion. Pékin légifère plus vite — et fixe un précédent que les régulateurs européens, dont la France, pourraient difficilement ignorer lorsqu'ils réviseront leurs propres cadres pour les véhicules autonomes.