Ariane 6 met 32 satellites Amazon Leo en orbite depuis Kourou

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 17:55
Ariane 6 met 32 satellites Amazon Leo en orbite depuis Kourou

Le 30 avril 2026, Ariane 6 a décollé avec succès de Kourou, en Guyane française, pour placer 32 satellites Amazon Leo en orbite basse. Il s'agit du septième vol de ce lanceur et du deuxième dans la configuration Ariane 64 — la variante à quatre propulseurs latéraux, réservée aux charges les plus lourdes. Pour Arianespace, c'est une mission sur laquelle tout le monde avait les yeux rivés.

Le vol VA268

Le lancement a eu lieu à 6 h heure locale, sans retard annoncé. La mission VA268 prévoyait de déployer l'ensemble des 32 satellites en moins de deux heures après le décollage. Ariane 6 n'est pas réutilisable comme le Falcon 9 de SpaceX, mais elle reste le principal outil de ce qu'on appelle l'« autonomie stratégique » de l'Europe dans l'espace. Ce vol s'inscrit dans un contrat de 18 lancements signé en 2022 entre Arianespace et Amazon — le plus grand contrat commercial jamais signé par l'opérateur toulousain.

Amazon Leo à la traîne face à Starlink

Amazon Leo — anciennement connu sous le nom de Project Kuiper — vise une constellation de 3 236 satellites d'ici 2029, pour concurrencer le réseau Starlink d'Elon Musk, qui compte déjà plus de 10 300 appareils en orbite. Le défi est colossal : en avril 2026, Amazon ne dispose que de 270 satellites en production sur orbite. Or, la FCC (le régulateur américain des télécommunications) impose à Amazon d'en avoir 1 618 opérationnels avant le 30 juillet 2026 — une échéance que la firme de Jeff Bezos ne peut pas tenir. Amazon a déposé une demande d'extension en janvier 2026.

Pour accélérer, Amazon a mobilisé cinq opérateurs de lancement — ULA, Blue Origin, Arianespace, SpaceX et d'autres — pour un budget total estimé à 10 milliards de dollars. Les 18 missions Ariane sont critiques, mais ne représentent qu'une partie de l'effort global.

Un contrat américain pour un lanceur européen

La phase bêta entreprise d'Amazon Leo a démarré le 8 avril 2026, avec des partenaires comme Verizon, Vodafone ou encore Vrio pour l'Amérique latine. Le service grand public est attendu pour la mi-2026. En France, des opérateurs comme Vodafone et des acteurs de la mobilité connectée figurent parmi les clients potentiels — ce qui signifie que des champions industriels français pourraient bientôt dépendre d'une constellation américaine plutôt que du projet européen IRIS² (290 satellites, budget de 10 milliards d'euros, horizon 2030).

C'est là toute l'ambiguïté de ce succès : selon Arianespace, ce contrat est une vitrine pour le lanceur européen, mais son principal bénéficiaire reste une entreprise américaine. Le CNES et l'ESA ont longtemps présenté Ariane 6 comme un symbole de souveraineté numérique européenne. La réalité commerciale, elle, est plus nuancée.