Disques physiques : les éditeurs de jeux perdent jusqu'à 50 % de leurs revenus à chaque vente

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 14:54
Disques physiques : les éditeurs de jeux perdent jusqu'à 50 % de leurs revenus à chaque vente

La fin du disque physique dans le jeu vidéo n'est plus une hypothèse : Sony a officiellement annoncé l'arrêt de la production de disques PlayStation en janvier 2028, et Rockstar a confirmé que la version boîte de GTA VI ne contiendra qu'un code de téléchargement — sans galette. Derrière ces décisions, une réalité économique que le journaliste Stephen Totilo a détaillée selon Game File : chaque copie physique vendue à 70 dollars rapporte environ 35 dollars à l'éditeur tiers, contre 49 dollars pour la même vente en numérique.

Le coût caché du disque

Sur un jeu vendu 70 €, l'éditeur commence par céder des droits de licence à Sony ou Microsoft, assume les frais de fabrication du disque, prend en charge la logistique, et verse une marge au distributeur puis au détaillant. Au total, ces coûts absorbent 45 à 50 % du prix affiché, selon Outlook India. Le numérique est structurellement plus simple : l'éditeur verse une commission fixe d'environ 30 % à la plateforme — PlayStation Store, Xbox, Steam — et conserve le reste. Sur Steam, ce taux peut même descendre en dessous de 25 % pour les titres à fort volume.

Totilo souligne par ailleurs l'opacité du système : aucun représentant d'éditeur n'a accepté de détailler publiquement les termes de leurs contrats avec Sony ou Microsoft. La certification, le format du disque, le packaging, les volumes de tirage — chaque étape implique des engagements contractuels que les éditeurs préfèrent taire.

Ce que ça change en France

En France, les ventes physiques de jeux console atteignaient encore 614 millions d'euros en 2023, contre 737 millions pour le numérique, selon Statista. Le physique reste présent, notamment en grande surface spécialisée (Fnac, Micromania, Boulanger), mais la tendance est au recul.

GTA VI en boîte à environ 80 € ne sera donc qu'un écrin cartonné contenant un code. Pour les acheteurs habitués à revendre leurs jeux d'occasion, c'est une perte directe : sans disque, pas de revente possible. La doctrine de la première vente — qui permettait de revendre légalement un bien physique — ne s'applique pas aux licences numériques en droit européen, comme le rappelle CREATe UK. Des procédures judiciaires sont en cours aux Pays-Bas et en France, mais aucune décision contraignante n'est attendue avant 2028.

La suite

Pour les éditeurs, le calcul est clair. Pour les consommateurs, la transition signifie des prix catalogue sans pression du marché de l'occasion, et des jeux qu'on ne possède pas vraiment. Les amateurs de boîtes collector pourront probablement encore en trouver — mais avec un code dedans, et peut-être un peu de merchandising pour faire passer la pilule.