Canadarm3 vise le sol lunaire : comment le bras robotique canadien s'adapte après la pause de Gateway

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 16:21
Image de concept de Canadarm3, le système robotique canadien initialement prévu pour le projet Gateway. Image de concept de Canadarm3, le système robotique canadien initialement prévu pour le projet Gateway.. Source: Source : CSA

NASA a officiellement suspendu le projet Gateway le 24 mars 2026, mettant fin — du moins temporairement — au projet de station orbitale lunaire qui devait servir de point de transit vers la Lune. Pour la plupart des sous-traitants, ce type de décision signifie coupes budgétaires et incertitude. La société canadienne MDA Space a choisi une autre voie : redéfinir la mission de son bras robotique Canadarm3 pour qu'il opère directement sur la surface lunaire plutôt qu'en orbite.

Le pivot

Le Canadarm3 était initialement conçu pour assister la station Gateway en orbite lunaire, à quelque 400 000 km de la Terre — une distance qui impose une autonomie poussée, gérée par intelligence artificielle, puisqu'aucune télécommande en temps réel n'est possible à cette échelle. Ce système hautement automatisé doit désormais s'adapter aux conditions de la surface : poussière abrasive du régolithe, variations de température extrêmes et opérations de déchargement de modules habitables.

Le directeur général Michael Greenley a affirmé, dans une réponse officielle à l'Agence spatiale canadienne, que le rythme de conception ne ralentissait pas. Le gouvernement canadien, lui, maintient son financement : le contrat signé avec MDA Space s'élève à 999,8 millions de dollars canadiens, une enveloppe stable malgré le changement de cap de la NASA. C'est un signal de confiance notable alors que plusieurs partenaires internationaux de Gateway — ESA, JAXA, Émirats arabes unis — réévaluent leur position.

Image de concept de Canadarm3, le système robotique canadien initialement prévu pour le projet Gateway.
Image de concept de Canadarm3, le système robotique canadien initialement prévu pour le projet Gateway.

La logistique lunaire, nouveau marché porteur

MDA Space ne mise pas uniquement sur Canadarm3. La société fournit également des capteurs d'atterrissage pour l'alunisseur cargo Argonaut développé par l'allemand OHB en partenariat avec l'ESA — un programme qui poursuit son développement indépendamment de Gateway. MDA participe par ailleurs à un consortium mené par Lunar Outpost pour concevoir un véhicule pressurisé dans le cadre du programme Artemis, et mène des discussions sur des systèmes de communication et de logistique de surface.

Ces activités se reflètent dans les résultats financiers : le pôle robotique de MDA Space aurait généré 99,5 millions de dollars canadiens au premier semestre 2026, soit une hausse d'environ 13 % sur un an, représentant un cinquième du chiffre d'affaires total de l'entreprise. Ces chiffres restent à confirmer via des sources financières indépendantes, mais la tendance est cohérente avec la montée en puissance des missions CLPS de la NASA, qui favorisent désormais une approche « surface en premier ».

Et ensuite ?

La pause de Gateway n'est pas une annulation définitive, mais elle réoriente durablement les priorités vers une base permanente sur la surface lunaire. MDA Space semble avoir anticipé ce scénario : en positionnant Canadarm3 comme outil de logistique polyvalent plutôt que composant d'une seule station, la société se donne les moyens d'exister dans plusieurs configurations d'Artemis. Les phases 2 et 3 du programme sont attendues à partir de 2029.